Assaut spectaculaire et incertitude au nord de Paris

Les membres de RAID, une unité spéciale d'intervention de... (Eric Feferberg, AFP)

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Les membres de RAID, une unité spéciale d'intervention de la police française, prennent position durant l'assaut dans St-Denis, au nord de Paris, mercredi.

Eric Feferberg, AFP

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Agence France-Presse
Paris

Le sort du cerveau présumé des attentats de Paris, le Belge Abdelhamid Abaaoud, visé par un assaut spectaculaire des policiers mercredi matin en banlieue parisienne, restait incertain dans la soirée, les suspects tués dans cette opération n'ayant pas été encore identifiés.

Explosions, tirs nourris de «plus de 5000 munitions», tireurs d'élite sur les toits: les habitants du centre de Saint-Denis, au nord de Paris, ont été réveillés bien avant l'aube par une véritable scène de guerre.

À l'issue de ces sept heures d'opérations, menées par une centaine de policiers d'élite, «une nouvelle équipe de terroristes a été neutralisée et tout laisse à penser [...] que ce commando pouvait passer à l'acte», a déclaré à la presse le procureur de Paris, François Molins, en charge de l'enquête.

L'assaut a été lancé à la suite d'un témoignage lundi «faisant état de la présence d'Abaaoud sur le territoire français», a précisé le procureur.

Petit délinquant bruxellois, cet homme de 28 ans est parti en 2013 en Syrie, où il est devenu l'un des visages de la propagande de l'État islamique (EI) sous le nom d'Abou Omar al-Baljiki («le Belge»). Il s'était illustré fin 2014 par un aller-retour en Europe à la barbe des services de renseignement, pour y préparer des attentats finalement déjoués.

À Saint-Denis, les forces antiterroristes se sont heurtées à une vive résistance. Une explosion a retenti pendant l'assaut, attribuée par les forces de l'ordre à une femme kamikaze qui a fait détonner son gilet, un point qui «demande à être vérifié», selon le procureur.

L'opération, qui a paralysé le quartier, s'est déroulée à moins d'un kilomètre du Stade de France, l'une des cibles des attaques revendiquées par l'EI et qui ont fait 129 morts et 352 blessés vendredi soir.

Au moins deux suspects sont morts: la femme kamikaze et un homme, dont le corps «criblé d'impact a été découvert dans les décombres de l'immeuble», selon François Molins, qui n'a pu communiquer «ni le nombre définitif ni les identités des personnes décédées».

Seule certitude, selon le procureur: ni Abaaoud ni Salah Abdelslam, l'un des auteurs des attentats en cavale, ne figurent parmi les huit personnes arrêtées.

«On commence»

En cinq jours d'enquête, les policiers sont parvenus à reconstituer le scénario des attaques du 13 novembre.

Trois équipes coordonnées composées de neuf hommes au total: trois kamikazes aux abords du Stade de France, trois dans la salle de spectacles du Bataclan, dans l'est de Paris, et trois assaillants pour les terrasses de bars et restaurants du même quartier.

Juste avant l'assaut du Bataclan, l'un d'eux a envoyé un message texte disant «on est parti, on commence», à partir d'un téléphone portable ensuite retrouvé dans une poubelle, a révélé le procureur.

Sur les sept kamikazes, quatre ont été identifiés: il s'agit de Français, dont au moins trois ont combattu en Syrie. Reste notamment à mettre un nom sur un homme auprès duquel a été retrouvé un passeport syrien à l'authenticité douteuse.

Deux assaillants manquent toujours à l'appel. À commencer par Salah Abdeslam, frère d'un des kamikazes, Brahim Abdeslam. Ce délinquant de 26 ans est activement recherché, notamment en Belgique.

Le dernier assaillant pourrait lui aussi être en cavale. À moins qu'il ne s'agisse d'un des deux hommes arrêtés à Bruxelles et soupçonnés d'avoir exfiltré Salah Abdeslam vers la Belgique après les tueries.

Deux autres jihadistes français sont dans le viseur des enquêteurs: Fabien Clain, 37 ans, et son frère Jean-Michel Clain, dont les voix figurent sur l'enregistrement sonore de revendication des attentats au nom du groupe Etat islamique.

Pétrole

Désireuse de muscler ses frappes en Syrie contre l'EI, la France a envoyé le porte-avions français Charles de Gaulle pour la Méditerranée orientale, où il devrait arriver en fin de semaine.

Pour le troisième jour consécutif, des bombardements français ont visé mardi Raqa, fief syrien de l'organisation jihadiste, également la cible de frappes russes. Les bombardements des deux pays au cours des 72 dernières heures ont causé la mort de 33 jihadistes de l'EI, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme.

Après les Français et les Américains, les Russes ont annoncé qu'ils allaient frapper des cibles liées au pétrole, principale ressource financière de l'EI, en l'occurrence des camions-citernes.

En France, le gouvernement a présenté un projet de loi pour prolonger de trois mois l'état d'urgence. Ce dispositif exceptionnel a permis de multiplier les opérations de police dans les milieux islamistes, avec plus de 400 perquisitions et 60 interpellations en trois jours.

Le gouvernement a décidé mercredi «de ne pas autoriser» les manifestations prévues le 29 novembre et le 12 décembre, à l'occasion de la COP21, la conférence de l'ONU sur le climat qui s'ouvre le 30 novembre au Bourget, près de Paris.

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a confirmé mercredi sa présence à ce sommet où sont attendus plus de 100 chefs d'État et de gouvernement.

Critiqué par son principal opposant - l'ex-président de droite Nicolas Sarkozy qui a déploré «trop de temps perdu» -, le président socialiste François Hollande a appelé ses concitoyens à ne pas céder «à la peur».

Dans la soirée, un professeur d'une école juive a été agressé à Marseille, deuxième ville du pays. Ses agresseurs «ont exhibé un t-shirt à l'effigie de Daech [État islamique]», a notamment précisé le procureur de la République de Marseille.

Conférence de presse de François Molins

Le film de l'assaut

Voici le déroulé de l'assaut policier lancé mercredi avant l'aube à Saint-Denis.

De nombreuses inconnues demeurent, le procureur de Paris, François Molins, ayant déclaré mercredi soir n'être pas en mesure de donner un bilan précis:

  • vers 4h20 (heure locale): l'assaut est lancé par la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire et l'unité d'élite du RAID contre un appartement dans le centre piétonnier de St-Denis (au nord de la capitale). Une fusillade se produit. Les enquêteurs se sont orientés vers la piste de cet appartement après avoir recueilli un témoignage faisant état de la présence du jihadiste belge Abdelhamid Abaaoud, suspecté d'être l'inspirateur des attentats du 13 novembre, sur le territoire français, expliquera plus tard François Molins. Le Stade de France, une des cibles des attentats de vendredi, est situé à une vingtaine de minutes à pied de l'appartement.
  • 4h30: les pompiers interviennent en soutien du RAID face à «un groupe armé retranché dans un appartement». «La porte blindée de l'appartement a résisté dans un premier temps aux charges explosives du RAID, ce qui a permis aux terroristes de préparer leur riposte. Des tirs très nourris et quasi ininterrompus se produisent pendant près d'une heure, plus de 5000 munitions ont été tirées du côté de la police», racontera François Molins. Puis «a retenti une explosion», une femme ayant vraisemblablement «activé son gilet explosif», ce qui devra «être vérifié», toujours selon le procureur.
  • Vers 4h45: le RAID parvient à interpeller dans l'immeuble trois personnes, dont l'une blessée par balles au bras, selon le procureur.
  • Vers 5h: les tirs reprennent selon des riverains. Le quartier est complètement bouclé par les forces de l'ordre.
  • 6h20: métros, bus et tramways desservant St-Denis sont à l'arrêt.
  • 7h21: la préfecture annonce la fermeture des écoles et collèges du centre-ville de St-Denis.
  • 7h30: de fortes détonations sont entendues, trois heures après le début de l'opération ponctuée d'intenses fusillades.
  • 7h40: la préfecture recommande aux habitants de rester chez eux.
  • 7h58: une cinquantaine de militaires sont déployés à St-Denis.
  • 8h05: le président François Hollande suit l'opération dans son bureau à l'Élysée, avec le premier ministre Manuel Valls et le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.
  • 8h30: poursuite de l'opération antiterroriste qui mobilise également un hélicoptère.
  • 10h: un Conseil des ministres est maintenu à l'Élysée, alors que l'opération se poursuit.
  • 11h26: une source policière annonce la fin de l'assaut. Huit personnes ont été interpellées au total dont trois près de l'appartement visé, deux dans les gravats de l'immeuble et les autres sur la voie publique. Cinq policiers ont été légèrement blessés.
  • 19h: lors de l'opération, «une nouvelle équipe de terroristes a été neutralisée et tout laisse à penser que, au regard de leur armement, leur organisation structurée et leur détermination, ce commando pouvait passer à l'acte», déclare François Molins lors d'une conférence de presse. Au moins deux des individus ont été tués. Des vérifications sont en cours pour savoir si Abdelhamid Abaaoud, et Salah Abdeslam, suspect-clé traqué par la police, ont été tués dans l'assaut. «Abaaoud et Salah Abdeslam ne font pas partie des gardés à vue», a en tout cas indiqué François Molins.

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