Mettre l'horreur en contexte

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Les attaques de Paris nous rappellent, une fois de plus, que ces tristes événements peuvent se produire n'importe où, n'importe quand. Thomas Juneau, expert des questions touchant le Moyen-Orient à l'Université d'Ottawa, croit toutefois qu'il faut éviter une réaction démesurée aux attentats de vendredi soir dans la capitale française.

«Il ne faut pas exagérer la menace. Des attaques comme ça, ça va demeurer rare. Mais d'un autre côté, il ne faut pas la sous-estimer. Il y en aura d'autres. [...] Il faut faire attention à la surréaction ou à la sous-réaction. On ne parle pas d'une attaque commandée par un autre état où tu peux simplement entrer en guerre contre cet autre état-là.»

Toutefois, les événements de vendredi sont plus inquiétants que les attentats précédents. Cette fois-ci, selon M. Juneau, il y a visiblement un degré d'organisation supérieur à ce qu'on a pu voir à Ottawa, par exemple, en octobre 2014.

«Michael Zehaf-Bibeau était particulièrement incompétent pour faire ce qu'il a essayé de faire. [...] S'il avait eu des compétences techniques au même niveau que les individus (vendredi), ç'aurait été un carnage indescriptible.»

Au-delà de la coordination des attaques, le fait qu'une majorité des assaillants aient porté une ceinture d'explosifs est un indice - pas une preuve - qui laisse croire à une préparation et un entraînement exhaustif, estime l'expert de l'Université d'Ottawa.

«C'est beaucoup plus difficile à faire qu'à dire de se faire exploser comme ça. Ça prend un entraînement, une discipline, une sélection au préalable. Il y a des cas documentés où des gens ont été mal formés, mal sélectionnés et à la dernière minute, n'osent pas se faire exploser.»

La prudence est de mise

Bien que l'État islamique (ÉI) ait réclamé la responsabilité de l'attentat, Thomas Juneau croit qu'il faut demeurer prudent et qu'il est possible que l'organisation tente simplement de faire du capital avec ce triste événement.

«L'ÉI, c'est une organisation beaucoup plus décentralisée, les cellules locales opèrent de façon beaucoup plus autonome, moins structurée. [...] À ce stade-ci, au niveau de la revendication, c'est plausible, mais il faut encore faire attention.»

S'il s'avérait que l'ÉI est directement impliquée dans ces attaques, il s'agirait d'un virage important du modus operandi de l'organisation. Selon M. Juneau, l'ÉI a surtout misé sur des «loups solitaires», des individus qui s'autoradicalisent, jusqu'à maintenant, pour semer la terreur dans les pays occidentaux.

Thomas Juneau explique qu'il y a généralement deux catégories d'attaques terroristes, évidemment, si on simplifie ce type d'événements au maximum. Il y a les attaques guidées par une organisation - le 11 septembre en est l'exemple classique - et les attaques inspirées par l'idéologie d'un groupe terroriste. L'ÉI a surtout employé cette méthode au cours des derniers mois.

«Si, dans ce cas-ci, c'était effectivement l'ÉI, ce serait la première attaque majeure qui pourrait avoir été dirigée ou commandée par le centre. [...] C'est un nouveau niveau d'ambition.»

Selon l'expert de l'Université d'Ottawa, bien que hautement imparfaite, la stratégie adoptée actuellement par la coalition menée par les États-Unis pour combattre l'ÉI est la moins pire. Il estime que la France doit réagir de façon mesurée à l'attaque de vendredi.

«On ne parle pas d'une attaque commandée par un autre état où tu peux simplement entrer en guerre contre cet autre état-là. La coalition menée par les États-Unis, à laquelle la France participe activement, est déjà en guerre [contre l'ÉI]. Qu'est-ce que la guerre peut faire de plus? Elle peut augmenter la cadence de ses frappes contre l'ÉI, mais ce n'est pas quelque chose qui va faire une différence marquée.»

M. Juneau croit qu'une augmentation des frappes aériennes ferait fort probablement des victimes civiles en Iraq et en Syrie, ce qui contribue à augmenter le nombre d'ennemis. Une invasion de ces pays pour combattre de front l'ÉI n'aurait également aucun effet positif, dit-il.

«Mettre des troupes au sol, ce serait hautement inefficace, ça mettrait de l'huile sur le feu et s'empêtrer dans un bourbier interminable.»

Malgré tout, Thomas Juneau soutient qu'il faut agir contre l'ÉI au Moyen-Orient. Sans présence occidentale, des pays comme la Jordanie et le Liban, ainsi qu'Israël et la Turquie dans une autre mesure, pourraient devenir vulnérables face à ce groupe armé.

Quelle est donc la solution dans ce cas, selon l'expert?

«Ultimement, la solution qui doit arriver pour affaiblir et vaincre l'ÉI, c'est la stabilité en Iraq et en Syrie, et ça, c'est une question politique, pas militaire. Mais quoiqu'on fasse, l'Iraq et la Syrie ne seront pas stables pour plusieurs années encore. Notre influence là-dessus est limitée, y compris celle des États-Unis.»

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