Connaught : l'équilibre fragile d'un écoquartier

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En principe, nous sommes tous en faveur de la vertu. C'est ce qui rend inconfortable l'opposition qui s'est manifestée à l'endroit du projet d'écoquartier sur le site du parc Connaught, l'ex-hippodrome d'Aylmer. Et quand on est contre la vertu, il faut alors utiliser son opposition pour faire changer les choses ou, à tout le moins, pour les orienter différemment.

Mardi, le conseil de Gatineau s'est prononcé en faveur du développement résidentiel des immenses terrains du parc Connaught. À mon avis, une bonne décision. Comme il fallait presque s'y attendre, les membres du conseil se sont divisés selon les lignes de parti. Et, comme d'habitude, le débat n'a pas vraiment eu lieu séance tenante en soirée mais plutôt en après-midi, lors du caucus préparatoire.

Ce n'est pas la première fois que je soulève cette question de gouvernance municipale et d'exercice démocratique. Je ne peux tolérer que la vraie réunion du conseil, celle où l'on débat des questions et décide des résolutions, se tienne en après-midi lors du caucus préparatoire. Pourtant, ce caucus n'a aucune fonction décisionnelle malgré que tout y soit décidé. Quand on dit que les réunions régulières du conseil sont «décidées» d'avance, ce n'est pas une figure de style.

En long, en large

Par exemple, au caucus préparatoire de mardi après-midi, on a débattu en long et en large du projet d'écoquartier Connaught. Le conseiller d'Aylmer, Stefan Psenak, a lu une dé claration bien structurée et articulée pour signifier son opposition (et celle d'Action Gatineau) à ce projet.

Il venait à peine de terminer son intervention que nous recevions via courriel le contenu de son intervention.

On savait donc que les conseillers du parti Action Gatineau s'objecteraient au projet. «Il serait selon moi mal avisé et contre-productif d'aller de l'avant dès maintenant avec ce projet, surtout pour l'avenir du secteur (...), alors que le nouveau schéma d'aménagement est encore à l'étude.»

La position du conseiller Psenak, comme celle d'Action Gatineau, se défend, bien qu'elle soit essentiellement politique. C'est une façon de préparer les élections municipales du 3novembre prochain. Il n'est pas aisé d'être contre la vertu, surtout quand elle est incarnée par le conseiller Alain Riel qui ne manque pas une occasion de tourner le fer dans la plaie de ses adversaires. Il s'est payé la traite mardi après-midi au caucus préparatoire.

La manière, le ton

Après le débat d'après-midi, ce sont les citoyens qui ont meublé celui du conseil en soirée. Force est de constater que les représentants de l'Association des résidents Connaught, favorables au projet, avaient fait leurs devoirs de relations publiques et ont beaucoup mieux paru que leurs «adversaires» des autres associations de citoyens, opposés au projet et beaucoup plus revendicateurs. Tout est dans la manière et le ton.

Comme tout était décidé d'avance, il n'y a pas eu de débats mardi soir. Et c'est ce qui m'indispose au plus haut point dans le processus démocratique. Je n'ai pas de solution concrète à proposer, mais je suis convaincu que la gouvernance actuelle est bancale. Il n'est pas normal qu'un dossier aussi complexe se soit décidé de cette manière et que son issue, à mon avis, soit acceptable.

Cela ne signifie pas pour autant que la désignation d'écoquartier et de petits gestes patrimoniaux recouvrent ce projet d'un vernis d'acceptabilité impénétrable. Ce projet n'est pas sans effet sur le secteur d'Aylmer et son développement futur.

La croissance phénoménale du secteur n'est pas sans effet sur le reste de la ville. Cet argument des sceptiques n'est pas anodin. Loin de là!

Je lisais un article du quotidien Le Devoir qui met la barre assez haute pour qu'un développement soit désigné écoquartier: l'automobile n'y est pas la bienvenue et le secteur est desservi par le nec plus ultra du transport en commun; il y a un maximum de verdure; on facilite un mode de vie actif pour les piétons et les cyclistes; on y récupère l'eau de pluie pour irriguer et alimenter les toilettes; moins d'énergie y est consommée; le quartier peut avoir un système de chauffage autonome; on y récupère les déchets par des systèmes automatisés souterrains; on limite la construction en hauteur et les couloirs venteux; il y a des commerces de proximité et on favorise la mixité des fonctions résidentielles, sociales et commerciales.

L'écoquartier Connaught répond à plusieurs de ces critères mais son influence n'est pas nulle.

Quant à la question patrimoniale, je vous avoue mon ambivalence. D'accord pour nommer des rues, une école, un sentier, un bout de piste ou un parc en hommage à des grands comme Hervé Filion. La place des courses de chevaux dans notre histoire régionale mérite d'être rappelée et soulignée. Il ne faudrait quand même pas élever le parc Connaught au rang des monuments fondateurs de la région. Ne confondons pas histoire et nostalgie.

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