La Pakwaun maniwakienne

Partager

Si un jour on apprenait qu'un contribuable ou une entreprise doit 50 millions$ en taxes impayées à la Ville de Gatineau, cela suffirait à la mettre dans un vilain pétrin et à demander aux élus de rendre des comptes sur la rigueur de leur administration. Cela suffirait à demander immédiatement l'intervention du ministère des Affaires municipales.

Au bout du compte, on serait parfaitement justifié d'exiger que le maire s'explique sur sa gestion des affaires de la ville.

C'est exactement ce qui se passe présentement à Maniwaki comme en témoignent les articles bien étoffés et bien documentés du collègue Mathieu Bélanger (et du travail amorcé au préalable par le journaliste Jean Lacaille) sur cette double affaire des taxes impayées, à hauteur de 700000$, du Château Logue à l'endroit de la ville de Maniwaki et des frais de location d'un terrain cédé par emphytéose à ce dernier par la ville, sur lequel est situé le terrain de golf. Ces montants représentent environ 10% des revenus de la ville, d'environ 9,5 millions$ en 2011.

Qui plus est, les articles nous révèlent que le président et actionnaire du Centre Château Logue, Michel Lacroix, est l'associé directeur de la firme de vérification comptable de la ville dirigée par le maire Robert Coulombe.

Hier, nous apprenions que le ministère instituait une enquête dans cette affaire à la suite d'une plainte déposée au Bureau du commissaire aux plaintes du ministère des Affaires municipales. Or, cette plainte a été déposée... par le ministère lui-même, puisqu'aucun citoyen de Maniwaki ne l'a fait.

Si on considère séparément chacun de ces éléments, il y a lieu de poser de sérieuses questions sur l'administration de la ville de Maniwaki. Si on joint tous les bouts qui dépassent, on est en présence de graves manquements de gouvernance, de démocratie, d'information et d'administration publique, pure et simple. Cette enquête s'impose.

Je ne remets nullement en question la valeur du Château Logue dans la réputation et l'économie de la ville de Maniwaki. C'est un actif de premier plan qui apporte une contribution très positive à la Haute-Gatineau. Que l'entreprise éprouve des difficultés financières fait partie des risques associés à la conduite normale des affaires dans une économie durement touchée depuis quelques années par la crise dans l'industrie forestière. Il ne faut pas s'en étonner. C'est le contraire qui serait surprenant.

Proximité troublante

Or cela ne justifie en rien les entorses graves qui semblent caractériser les relations entre le Château Logue et la ville de Maniwaki. Cette proximité est d'autant plus troublante qu'elle semble faire fi de la plus élémentaire prudence, de la gouvernance de base.

Ainsi, selon ce qui est révélé par Le Droit, Michel Lacroix est à la fois actionnaire du Château Logue et associé directeur de la firme de vérification comptable de Maniwaki. Voilà qui devrait suffire à éveiller les soupçons les plus élémentaires. Interrogée à ce sujet, la syndic de l'Ordre des comptables professionnels agréés du Québec soulève d'ailleurs des questions fort pertinentes. Il faut que l'indépendance des vérificateurs ne fasse aucun doute «tant dans les faits que dans les apparences». Il faut qu'il y ait une bonne «distance» et aucun lien de familiarité entre les deux parties. La syndic Ginette Lussier-Price souligne également qu'il faut respecter le principe de l'objectivité et de l'absence de conflit d'intérêts, tant dans les faits qu'en apparence, en autant que «tout se passe dans le cours normal des affaires.» Cette dernière nuance est de grande importance.

Tolérance

On a peine à croire qu'une ville comme Maniwaki et que son maire, Robert Coulombe, qui a été président de l'Union des municipalités du Québec, ait toléré de tels accrocs sans s'y opposer ou sans en avoir informé la population. Nous négocions ici de dangereux méandres de la démocratie et de l'information municipales. Qu'un politicien aussi aguerri que Robert Coulombe s'y soit laissé enliser dépasse l'entendement.

Bien sûr, Maniwaki, ce n'est ni Gatineau, ni Laval, ni Montréal. Pourtant les questions que soulève cette affaire impliquant le Château Logue et la ville sont d'autant plus graves que le contexte présent n'est guère favorable aux jeux de coulisse, aux silences inexplicables et aux entorses graves à la démocratie et à l'information. La Pakwaun 2013 sera fertile en ragots et en rumeurs.

Partager

lapresse.ca vous suggère

  • Le maire de Maniwaki muet

    Actualités régionales

    Le maire de Maniwaki muet

    Le maire de Maniwaki, Robert Coulombe, refuse toujours de répondre aux questions du Droit à propos de l'hôtel Château Logue qui doit près de 700000$... »

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer