La candidate «idéale et parfaite»?

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Le collègue Mathieu Locas du 104,7 fm devait se pincer pour y croire, ce mardi, lorsqu'il a interviewé la conseillère gatinoise du district de Bellevue, Sylvie Goneau, dans le cadre de la présentation du budget de Gatineau. J'ai ré-écouté l'entrevue de huit minutes et cinq secondes et, moi aussi, je me pince encore pour y croire. Le collègue Locas n'a même pas eu besoin de lui ouvrir la porte. Elle ouvre tout grand des portes de grange et y enfile son égo avec une désarmante naïveté, portée au niveau du running gag.

Tant que ses interventions intempestives, obligées et inutiles demeurent du domaine des généralités, on peut toujours s'en accommoder. On fait avec et on passe à autre chose. C'est au moment où la conseillère de Bellevue commence à dandiner ses visées sur la mairie en 2013 et qu'elle en fait objet de consommation publique en comité, au conseil, dans les médias, qu'importe le micro ou la caméra, qu'elle doit vivre avec le jugement sur sa véritable valeur. Car il y a la valeur que l'on se donne et celle que l'on mérite. Dans le cas de Mme Goneau, la marge est grande. Son enthousiasme débordant frôle l'immodestie.

Je respecte au plus haut point l'engagement des politiciens au service de leurs concitoyens. Je ne peux tolérer ceux qui se prennent pour d'autres et se déclarent avec impudeur «candidate idéale et parfaite» à la mairie.

Je m'excuse! Avec tout le respect que je lui dois comme élue, malgré sa majorité de 13 voix en 2009, elle aurait intérêt à faire oeuvre d'humilité et continuer de faire ses classes comme politicienne.

Comme bien d'autres acteurs et observateurs de la scène municipale, je ne peux supporter cette agaçante tendance à nous brandir le fait qu'elle est une femme et que le temps est propice pour qu'une femme accède à la mairie. Avec tout mon respect, je conseille à Mme Goneau de s'inspirer de ses collègues Apollon, Bouthillette, Champagne et Laferrière, à la table du conseil, des députées Gaudreault, Vallée, L'Écuyer, à Québec, Boivin et Turmel à Ottawa, ou de la première ministre du Québec, Pauline Marois. Elle y trouvera suffisamment d'inspiration, de substance et de conseils judicieux pour doser ses interventions avant de se voir comme «Madame le maire» de Gatineau.

Quand on postule publiquement la plus haute charge élective d'une ville de 260000 habitants, il est important de soigner son message sans faire de raccourcis gênants avec la langue de Molière, éviter de massacrer le vocable de l'Union des municipalités québécoises (sic), et de la Fédération des municipalités canadiennes (re-sic), et d'évoquer «les grands leaders de ce monde». Angela Merkel et Hillary Clinton, tassez-vous! Signe que certains éléments fondamentaux de politique 101 n'ont pas encore été pleinement maîtrisés.

Dans l'atmosphère, parfois toxique, du conseil de Gatineau, il n'est pas conseillé d'apprendre sur le tas et de faire de l'équilibrisme sur la courbe d'apprentissage. Nous en avons eu un bel exemple lors de la séance d'approbation du budget. La conseillère de Bellevue s'était mise en réserve de la république pour placer son intervention à la toute fin. Comme si nous étions tous suspendus à ses lèvres dans l'attente de la réconciliation ultime entre Alain Riel et Maxime Pedneaud-Jobin orchestrée par la candidate «idéale et parfaite». Ne lui en déplaise, cette réconciliation n'aura pas lieu. Pendant ce temps, «monsieur le maire» réprime une énorme envie de rire. La politique est d'autant plus cruelle qu'elle s'accommode mal de l'immodestie et de l'arrogance mal placée.

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