La république des sages

Pierre Bergeron
Le Droit

Un politicien gatinois n'a pas beaucoup dormi la semaine dernière. En effet, le conseiller Maxime Pedneaud-Jobin (Buckingham) craignait tellement de faire un four avec la fondation de son parti municipal, Action Gatineau, qu'il en a perdu le sommeil. C'était un samedi matin, dans la grande salle de l'école du Versant. Ce qui le tenaillait? L'indifférence et l'absence. Surprise! Il a fallu rajouter des tables. Il y avait environ 225 personnes. Un bon mélange de gens engagés, tendance centre-gauche, incluant quelques spécialistes de la parole abondante.

Les cinq conseillers de la garde «très éloignée» du maire Marc Bureau, Luc Angers, Mireille Apollon, André Laframboise, Maxime Pedneaud-Jobin et Stefan Psenak, étaient sur place. Pour un parti politique municipal, partir avec une équipe de cinq conseillers, c'est un très bon départ puisque cela assure d'une bonne présence dans l'arène publique.

Pour avoir suivi la genèse de ce parti depuis ses tout débuts, je crois qu'ils ont mis les chances de leur bord sans trop brasser la cabane. Il faut dire que ce parti porte l'empreinte de Maxime Pedneaud-Jobin. On ne verse pas dans le flamboyant et l'esbroufe. Tout est bien structuré, très politique, toujours articulé. Je dirais que l'architecture de ce parti est bonne. Il faut que les citoyens veuillent entrer dans cet édifice politique une fois terminé au printemps 2013 en prévision des élections automnales.

Au conseil de mardi dernier, le groupe des cinq a voté en bloc (avec les conseillers Yvon Boucher et Sylvie Goneau) contre le projet de centralisation des services d'urbanisme.

Le vérificateur

Fait à noter, dans son dernier rapport annuel (présenté en avril à la ville et rendu public cette semaine, plus de deux mois en avance sur l'échéancier des années précédentes), le vérificateur général Alain Girard recommande à Gatineau, à propos de la délivrance des permis d'affaires, de «réviser son modèle d'affaires décentralisé afin que le Service de l'urbanisme puisse exercer son autorité fonctionnelle».

Il recommande aussi d'«implanter l'approche du guichet unique au Centre de services de Hull afin de favoriser un processus clair et efficace dans la prestation de service au requérant» (d'un permis d'affaires).

Pour sa part, la ville a réagi favorablement au rapport du vérificateur général en affirmant: «Nous accueillons favorablement les 10 recommandations et partageons les préoccupations soulevées suite aux constats observés.»

Divergence

Il n'en fallait pas plus pour que le conseiller Pedneaud-Jobin et chef «en attendant» d'Action Gatineau, profite de l'occasion pour marquer sa divergence ou ses nuances sur cette décision centralisatrice. Il s'était déjà prononcé sur la question, craignant une trop grande centralisation des pouvoirs à Hull. Il a surtout minimisé cet aspect du rapport d'Alain Girard et surtout le fait que le vérificateur semble donner raison à la ville et à l'administration Bureau d'aller de l'avant avec cette mesure centralisatrice.

En habile politicien, il ne s'est pas trop braqué affirmant que ce n'est que sur le processus d'allocation des permis que le vérificateur s'est prononcé. Il n'en demeure pas moins que la question des centres de services et de la centralisation sera au coeur des débats. Ma réserve, c'est qu'on ne peut être tout à l'un ou tout à l'autre dans une ville aussi étendue et complexe que Gatineau. Il y a des principes de base qu'il faut ensuite ajuster la réalité des villes fondatrices et de la ville tout entière. Personne, ni Marc Bureau, ni Action Gatineau, ne peut affirmer que c'est tout l'un ou tout l'autre.

Et ce n'est certainement pas ce que l'on pourrait appeler une «ballot question» susceptible d'enflammer les électeurs gatinois en 2013 et d'orienter leur choix. Oublions cela!

Grande cité...

Dans son allocution marquant la fin de l'assemblée de fondation d'Action Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin a évoqué la «république des sages» comme une sorte de principe fondateur du parti. Il en a perdu plus d'un, moi en premier.

Comme il s'agit de ma dernière chronique avant la rentrée, et dans un esprit de service public, j'ai fouillé la question de la «république des sages» pour suggérer au chef d'Action Gatineau de passer à autre chose. Ce ne sera certainement pas un enjeu de l'élection de 2013.

Le «sage» dont il est question est celui qui manifeste sa pensée non seulement par sa parole, mais surtout par son agir. La force du sage est dans ses actes, et non dans la parole. C'est un excellent départ. Par contre, le sage dont il est question est «un homme exceptionnel» si bien que la politique qui lui convient ne peut qu'être exceptionnelle. Voilà pour l'objectif.

... Cité des hommes

Par contre, la «république des sages» à laquelle fait allusion Maxime Pedneaud-Jobin est la «grande cité» idéale qui ne s'est pas encore réalisée alors que la «petite cité» est la «cité des hommes». Elle ne se réalisera que par l'engagement du sage à faire progresser la vie des citoyens vers l'idéal de la grande cité juste. Pour ce faire, pas d'activité intellectuelle qui ne soit action, et, dans ce cas, action politique. C'est tout un programme.

On verra bien comment Action Gatineau va descendre au ras les pâquerettes pour donner aux Gatinois une raison d'embarquer et d'espérer. J'ai bien hâte de voir les gens d'Action Gatineau vendre cela aux électeurs de l'Île-de-Hull ou de la rue Main. À la réunion du conseil, mardi dernier, une citoyenne a fait un long réquisitoire sur fond de carrés rouges. Elle a alors parlé de «mouvement casserolien».

De la république des sages des philosophes grecs au mouvement casserolien, de la grande à la petite cité, il y a suffisamment de pensée philosophique pour nous faire réfléchir tout au long de l'été, que je vous souhaite reposant et ensoleillé. On se revoit à la rentrée.

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