«Moi, j'connais une chanson...»

Pierre Bergeron
Le Droit

Vous connaissez la ritournelle: «Moi, j'connais une chanson pour emmerder les gens...»

À Gatineau, la question de la centralisation revient régulièrement sur le tapis quand il est question de rationaliser, de réorganiser ou d'améliorer certains services. C'est aussi un sujet éminemment politique dont les effets se font sentir sur les débats au conseil. Lors de la fusion, la ville a adopté le modèle des centres de services plutôt que celui des arrondissements que la ministre des Affaires municipales, Louise Harel, aurait voulu imposer à la grandeur du Québec.

La structure des arrondissements aurait ajouté une couche politique (et coûteuse) à une structure municipale déjà morcelée en fonction des anciennes villes, de leur histoire et de leur héritage. On a préféré la formule des centres de services où sont offerts des services d'urbanisme, de loisirs, sports et vie communautaire, des travaux publics et certains services administratifs (comme le paiement des factures et des contraventions). L'objectif visé est d'offrir des services de proximité dans le respect des différences locales. D'ailleurs le concept des villages urbains colle assez bien au modèle des centres de services.

Au détriment...

Or, dans une ville aussi complexe et étendue géographiquement que Gatineau, toute tendance vers une plus grande centralisation se fera au profit des ex-villes du centre (Gatineau et Hull) au détriment de celles des extrémités, Aylmer, Buckingham et Masson-Angers. Il en va de même sur bien d'autres questions comme celle des services à domicile du secteur Aylmer que le Centre de santé et de services sociaux de Gatineau s'apprête à «centraliser» vers Hull.

La semaine dernière, le dossier de l'urbanisme a suscité un véritable (et fort intéressant) débat sur la centralisation des services à Gatineau. Ce débat fondamental est passé sous le radar de l'esclandre entre les conseillers Alain Riel et Stefan Psenak qui a occupé l'espace politique. Comme dans bien des cas, il suffit qu'une question prenne toute la place pour que les autres disparaissent du radar médiatique.

Qu'en est-il au juste? Essentiellement, rien ne change. Sauf que... l'urbaniste local relèvera de l'administration centrale plutôt que de la direction des centres de services et que l'approbation finale des projets de développement se fera au service de l'urbanisme et du développement durable sous la responsabilité de la directrice de l'urbanisme, Marie-Claude Martel. Enfin, cela consacre le pouvoir du central sur le centre de services.

Amélioration

Est-ce vraiment une amélioration? Cela dépend de quel côté de la clôture on se situe. Il n'y a pas de quoi fouetter un chat si on estime qu'une meilleure coordination s'impose et que l'harmonisation des services constitue une amélioration pour tous les citoyens. Or, ce changement «administratif» a été approuvé à 11 voix contre sept. C'est donc dire qu'on est loin de l'unanimité et que les clivages politiques sont beaucoup plus importants qu'il n'y paraît. J'ai noté en particulier les interventions d'Yvon Boucher, avec le panache verbal qu'on lui connaît, et de Maxime Pedneaud-Jobin (suivies, cette semaine, de l'intervention des conseillers André Laframboise et Stefan Psenak) qui se sont opposés à cette centralisation.

Doit-on en conclure qu'on se dirige vers l'abolition des centres de services? Je ne le crois pas. Par contre, il est normal que de telles décisions ne fassent pas l'unanimité. Sur un strict plan administratif, il ne faudrait pas s'imaginer que des questions aussi sensibles et controversées que celles qui touchent à l'urbanisme soient entièrement décentralisées. On aura voulu éviter des querelles d'interprétation des règlements entre les secteurs. C'est donc défendable au point de vue administratif. C'est cependant attaquable au plan politique.

Menacés?

Est-ce à dire que les centres de services sont menacés par cette décision portant sur l'urbanisme? Je ne crois pas. Le maire Marc Bureau reproche aux conseillers Psenak et Laframboise de faire peur aux citoyens en évoquant cette possibilité. Dans une joute politique, il ne faut pas s'étonner que de tels arguments soient utilisés. Les termes utilisés par les conseillers montrent que la «mentalité» des anciennes villes est toujours vivante mais cela ne doit pas les empêcher de prendre la défense des intérêts de leurs concitoyens. Leur communiqué utilise des expressions comme «tout sera décidé d'un seul bureau, à Hull» ou de la «centralisation des pouvoirs décisionnels à Hull». C'est un peu fort.

Toutefois, il ne faut pas trop se formaliser de cette tension constante entre les forces centralisatrices et décentralisatrices dans une ville aussi étendue que Gatineau. Cela fera partie des débats pour les futures générations de politiciens.

Le débat sur la centralisation des services d'urbanisme au détriment des centres de services n'est peut-être pas le meilleur exemple car il y a des avantages à la cohérence dans l'application des règlements d'urbanisme. Poser la question et en discuter au conseil n'est cependant pas une question de vie ou de mort. Comme une ritournelle dont on n'arrive pas à se débarrasser, les tensions entre la centralisation et la décentralisation des services feront toujours partie de l'exercice normal de la démocratie gatinoise.

NOTE: La chronique municipale ne paraîtra pas le 25 mai.

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