L'avenue de l'avenir

Pierre Bergeron
Le Droit

La grand-messe de l'Union des municipalités du Québec se tient à Gatineau, cette semaine, sous le thème «songé» de l'«Avenue de l'avenir». Ces assises donnent l'occasion aux élus de faire le point sur la vie municipale au Québec et de passer leurs messages. Hier, la visite de Jean Charest, Pauline Marois, François Legault et le chef du NPD, Thomas Mulcair, donne une bonne idée de l'importance de cette tribune pour les politiciens.

Cette année, le congrès revêt une importance particulière avec la publication à l'automne d'un «livre blanc» sur l'avenir des municipalités au terme d'un long processus de consultation de près de 18 mois, la crise de confiance à l'endroit des institutions démocratiques et certaines administrations municipales sur fond de commission Charbonneau, le «printemps érable» qui n'en finit plus de finir, et le renouvellement du pacte fiscal en 2013. Sans oublier que nous sommes en pré-campagne électorale québécoise.

En mars 2011, la Fédération québécoise des municipalités a tenu un sommet sur le milieu municipal comme première grande étape dans la formulation de son «livre blanc». En février et mars 2012, les élus et la population ont été consultés sur les perceptions et les attentes face aux municipalités. Il faut bien comprendre que toute cette mise en scène prépare les négociations sur le renouvellement du pacte fiscal avec Québec, peu importe qui sera au pouvoir.

Très attachés

Il n'y a rien de très renversant dans les résultats de ce sondage.

Par l'approche des mythes et réalités, ce sondage nous apprend que les citoyens sont beaucoup plus attachés à leur municipalité que l'on pourrait le croire et qu'ils ont l'intention d'y rester. On constate également que les jeunes ne sont pas très intéressés par la chose municipale et que la politique soulève très peu de passion au Québec, en particulier au niveau municipal. D'autre part, si tant est que l'image des élus municipaux est négative, celle des politiciens provinciaux et municipaux est plus négative encore. Quand on se compare, on se console.

Un mythe solidement ancré sur la compétence et la vision d'un maire est vite déboulonné. Les citoyens recherchent bien davantage un maire pour sa proximité des gens et son intégrité que pour sa compétence, son dynamisme et sa vision. Sans l'ombre d'un doute, voilà qui explique le succès de Marc Bureau. Les résultats du sondage expliquent en partie le succès du maire de Gatineau. On préfère un maire qui prend plus de temps à prendre une décision qu'un maire qui fonce sans trop consulter. Disons qu'on est bien servi.

Un large rôle

Les questions sur le rôle perçu et souhaité de ce que devrait être une ville démontre que les gens veulent bien davantage que la ville joue un rôle beaucoup plus large que d'offrir des services de base. C'est une vision qui correspond largement à la vision de ceux qui veulent former un parti politique municipal à Gatineau.

C'est au moment de refiler la facture que les opinions deviennent un peu moins catégoriques. Le sondage révèle que les gens ne sont pas prêts à payer davantage pour obtenir des services de meilleure qualité. Seul un citoyen sur sept veut payer davantage pour obtenir plus de services. En résumé, on veut que les villes s'occupent de tout sans payer davantage. Il me semble avoir déjà entendu cette ritournelle quelque part!

Bien sûr, les citoyens sont préoccupés par le respect de l'environnement. Nous sommes aussi conscients de l'impact du vieillissement de la population et de l'importance à accorder aux services aux personnes âgées. Les citoyens attachent une grande importance aux questions économiques et ils sont peu satisfaits des efforts en la matière.

Dans l'ensemble, le sondage révèle que les citoyens sont confiants en l'avenir de leur municipalité bien que plusieurs défis les attendent comme la participation à la vie municipale, surtout des jeunes, l'intégrité des élus, l'environnement, l'intégration des immigrants, le vieillissement de la population et, enfin, l'économie et l'emploi.

Sept types

En outre, le sondage classe les citoyens en sept segments. Je vous invite à faire le test. Êtes-vous un engagé optimiste, un rural enthousiaste, un satisfait contenté, un critique rêveur, un déconnecté indifférent, un urbain intransigeant ou bien un cynique de droite? Et si je vous demandais de classer nos conseillers gatinois dans ces catégories?

Il n'en demeure pas moins que d'autres défis très terre à terre guettent nos élus comme la diversification des revenus municipaux, le plein remboursement de la taxe de vente, le pelletage de responsabilités, les obligations actuarielles à l'endroit des caisses de retraite, le retard dans la mise à niveau des infrastructures et la multiplication des responsabilités.

Hier, le président de l'UMQ et maire de Rimouski, Éric Forest, déclarait qu'«il n'y a pas un seul gouvernement sur la planète qui peut relancer l'économie, drainer les investissements et attirer les talents sans la contribution des municipalités.»

Ce message à pleine voilé s'adressait au premier ministre Jean Charest qui sait trop bien qu'il aura besoin des municipalités pour mener à bien son Plan Nord sur lequel il a engagé l'avenir de son gouvernement et son avenir politique. Pour Jean Charest, l'Avenue de l'avenir passe par les municipalités. C'est sans doute pourquoi il ne s'est pas fait tirer l'oreille pour s'adresser à la FMQ car il en va beaucoup plus que de l'avenir des municipalités.

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