Petites dérives gatinoises

Pierre Bergeron
Le Droit

Un débat en apparence anodin a marqué le conseil municipal de la semaine dernière sur la réouverture d'une voie d'urgence reliant la rue Gamelin à l'axe sud du boulevard Saint-Raymond et fermée par la Commission de la capitale nationale depuis 2010. En fait, comme c'est devenu une habitude, il n'y a pas eu de débat, car il a eu lieu lors du caucus préparatoire en après-midi. Au-delà du débat sur le fond, je m'interroge ici sur la forme.

Ce n'est pas la première fois que je note ces dérives de démocratie, de communication et de gouvernance. Bien des débats ont maintenant lieu en caucus préparatoire webdiffusé. Ils sont tout simplement escamotés lors de la réunion publique du conseil devant les caméras de la télé. C'est bien dommage.

En après-midi, plusieurs débats font même l'objet d'un vote indicatif non enregistré et dont le résultat est tout aussi escamoté pour le pauvre spectateur de la webdiffusion que je suis.

En ligne

Monsieur le maire Bureau, je vous en prie, communiquez le résultat ou demandez à la greffière Suzanne Ouellet de s'en charger. Cessons de nous vanter d'être à l'avant-garde en matière de webdiffusion. Nous sommes à des années-lumière d'une véritable intégration des délibérations ou de l'utilisation des nouvelles technologies pour faciliter l'exercice démocratique. Nous mettons des réunions en ligne. Point. À la ligne. Nous ne faisons rien de plus.

En soirée, lors du vrai conseil, comme on n'en est pas à une dérive près, on se contente de passer les résolutions à la vapeur devant des chaises vides après les «commentaires sous forme de questions» des citoyens. Et je vous fais grâce de certains libellés de l'ordre du jour qui relèvent davantage du chinois pour le non-initié. Mardi dernier, avec un initié, on n'a jamais réussi à comprendre le sens d'une résolution. Imaginez «le» pauvre citoyen qui manque la partie de hockey pour regarder le conseil.

Les débats

Voilà trois sujets de gouvernance et de communication sur lesquels devrait se pencher l'ombudsman: l'évacuation des débats au caucus préparatoire, les questions répétitives «ad nauseam et ad ecoeuram» des citoyens (qui se présentent en groupes organisés pour noyauter l'assemblée du conseil devant les caméras du canal Vox) et la formulation du libellé des résolutions. Pourquoi l'ombudsman? Parce que c'est un intervenant objectif qui peut consulter, écouter, suggérer... et qui n'a pas de parti pris. Rien n'est parfait. J'en conviens. Peut-on faire mieux et faire différent? Sans aucun doute.

Il ne faut pas oublier que les mardis de conseil sont des journées particulièrement chargées pour les conseillers qui, en plus de leurs dossiers, doivent en fait se taper deux réunions du conseil, le caucus préparatoire et la séance officielle. À la fin de la journée, lorsque les citoyens vident la salle après leurs «questions», les conseillers ont juste une envie: en finir au plus sacrant. Moi-z-aussi!

Jerry Lewis et le pont Brady

Le rapport de l'ex-ombudsman, Michel Légère, sur l'abattage des arbres pour un sentier de raquettes au lac Beauchamp est un livre de référence sur l'"ingouvernance" municipale. Je crois sincèrement que le dossier du pont Brady, dans le secteur Buckingham, devrait faire l'objet d'une étude de cas sur tout ce qui peut déraper dans un projet en apparence anodin. Je dis bien "en apparence".

Je me rappelle des colères de l'ex-conseillère Jocelyne Houle qui a "pogné" les nerfs à plus d'une reprise devant les retards et le traînage de pieds. Comme il est de mise à Gatineau, le dossier s'est ramassé devant les tribunaux. Pour la petite histoire, on en conclura que le projet s'est réalisé. Dans les détails, ce fut un véritable fouillis. La pauvre Jocelyne Houle a dû faire une autre crise en apprenant que, pour paraphraser Yogi Berra, ce n'est pas fini tant que ce n'est pas fini.

Imaginez! Non seulement faut-il refaire le drainage du pont pour éviter des dommages d'érosion au parc MacLaren en contrebas, mais plus encore, le pont est trop bas, si bien que les camions d'équipement ne peuvent pas se rendre sur le site de Buckingham en fête. Cela me rappelle le titre de ce film de Jerry Lewis en 1968, Don't Raise The Bridge, Lower The River (Ne levez pas le pont, baissez la rivière).

Loin de moi l'idée de comparer l'administration gatinoise à un film de Jerry Lewis, mais demandez à Jocelyne Houle ou même à Denise Laferrière (Hull-Val-Tétreau) ce qu'elles en pensent. D'ailleurs cette dernière n'a pas la langue dans sa poche quand vient le temps de soulever les travers de l'administration municipale.

La semaine dernière, Gatineau a voté un règlement sur l'interdiction des amoncellements de terre et de gravier sur les terrains privés. Il n'en fallait pas plus pour que Denise Laferrière, avec la verve qu'on lui connaît, pointe du doigt les immenses amoncellements du projet du Rapibus à la rue Montcalm. Une paille que tu vois dans l'oeil de ton frère mais pas la poutre dans le tien...

Dans le cas du pont Brady, on est en droit de se demander si quelqu'un quelque part dans l'administration municipale est responsable, payé et vacciné pour mener un dossier de A à Z et de baisser la rivière plutôt que de lever le pont.

 

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