Dérapages

Pierre Bergeron
Le Droit

C'était il y a une éternité. Le 17 janvier 2012, pour être plus précis. Nos élus sortaient d'un lac-à-l'épaule. On parlait d'harmonie, d'« esprit de camaraderie » et de consensus. C'était tellement touchant que je me demandais si je ne manquerais pas de sujets de chronique. Pour la petite histoire, une photo d'anthologie fixait ce climat retrouvé de paix et de sérénité où, bras dessus, bras dessous, nos conseillers allaient maintenant passer aux choses sérieuses. Essuyons ici une larme !

Deux mois plus tard, les hostilités sont relancées, et de plus belle, gracieuseté du conseiller Pedneaud-Jobin (Buckingham) qui lance un projet de parti politique municipal et de son collègue Alain Riel (Deschênes) dont les fils se sont touchés en réaction à ce projet. Autant le premier a été posé et réfléchi dans son approche, autant l'autre a sorti l'artillerie lourde pour descendre sans ménagement et sans nuance l'idée de parti politique ou l'approche du colistier, qualifiée d'« approche de pissou ». Bonjour l'ambiance !

Le collègue Gratton ayant fait l'exégèse du terme « pissou », je me limiterai à l'analyse contextuelle. En proposant la formation d'un parti politique municipal, Maxime Pedneaud-Jobin admettait qu'il allait se faire « lancer quelques tomates ». C'est plutôt une salve de bazooka qu'il a reçue pour avoir mis sur la place publique un projet en gestation depuis bientôt quatre ans. Ceux qui s'en étonnent ne vivent pas sur la même planète.

Il savait dans quoi il s'embarquait, qu'il ne ferait pas l'unanimité et qu'il était porteur du flambeau. Ce n'était donc qu'une question de temps avant que la question ne fasse l'objet d'un débat public. Pourquoi maintenant ? Parce que c'est maintenant ou jamais. La fenêtre pour créer un parti politique municipal est étroite. Il faut définir, organiser, financer, discuter, développer un programme d'ici le début de 2013. Il faut aussi recruter des candidats derrière un chef.

Rêver mieux

Il y a une large part d'idéalisme dans le projet de Maxime Pedneaud-Jobin. On ne peut lui reprocher de rêver, comme on ne peut reprocher au maire Bureau de s'identifier à Destination Gatineau. Ce n'est pas un défaut, c'est un constat. La réaction de la plupart de ses collègues du conseil ne surprendra personne. Il ne faudrait surtout pas qu'il s'imagine qu'on va lui dérouler le tapis bleu pour lui en faciliter la tâche.

Par contre, rien ne justifiait la virulence des propos d'Alain Riel tant à l'endroit de l'idée que de la personne. Il y a moyen de faire passer son message sans tomber dans la dérive du clip de dix secondes. Les conservateurs fédéraux ont écrit le livre sur le sujet lorsqu'ils ont fixé dans le béton de la publicité négative l'image de Stéphane Dion et de Michael Ignatieff. Je ne crois pas qu'Alain Riel aura le même succès. Et sans doute que, dans son for intérieur, il aimerait bien retirer ses propos outranciers.

Sagement, le conseiller Pedneaud-Jobin a refusé d'embarquer dans ce jeu. C'est son collègue Stefan Psenak (Aylmer) qui est monté au créneau pour déplorer l'attitude du maire Marc Bureau qui n'a pas rappelé à l'ordre Alain Riel. Le maire a préféré l'approche sarcastique en affirmant que ce dernier « n'a pas de ligne de parti à suivre. » Par contre, je ne suis pas certain que le maire Bureau était très heureux des propos d'Alain Riel car, par son outrance verbale, il a donné de la crédibilité et de la traction au projet de Pedneaud-Jobin.

Ces éclats ne sont guère utiles. On peut exprimer sa divergence sans tomber dans les attaques personnelles. Le projet du conseiller de Buckingham doit être défini. Il en est à ses premiers balbutiements et il y aura bien des occasions de le critiquer. Il soulève des interrogations, tant au niveau des principes que de l'action concrète, comme l'expression de la dissidence, le programme commun et l'approche du colistier. Il offre cependant la meilleure chance d'une vision plus unifiée de la ville, de son développement et de ses projets. Malgré ses limites, malgré les réserves, l'idée vaut la peine d'être testée.

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