Vive la reine des neiges

La première fois que le débat a fait... (Archives, Le Droit)

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La première fois que le débat a fait rage, c'était en 2011, Jean-Paul Perreault et sa bande ont mobilisé les séances publiques du conseil municipal pendant des mois pour faire débaptiser la rue Amherst.

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CHRONIQUE / Quand j'ai vu la nouvelle dans mon journal, je me suis dit : oh non, pas encore...

Mais oui, Jean-Paul Perreault relance sa croisade pour faire débaptiser la rue Amherst à Gatineau.  

Et nous voilà sans doute repartis pour un autre débat hypocrite, à grands coups de déclarations pompeuses et moralisatrices du président d'Impératif français.

La première fois que le débat a fait rage, c'était en 2011, Jean-Paul Perreault et sa bande ont mobilisé les séances publiques du conseil municipal pendant des mois pour faire débaptiser la rue.

Et quand le conseil municipal a finalement décidé, avec sagesse, de maintenir le statu quo, Jean-Paul Perreault, tel un curé du haut de sa chaire, a déclaré que ce n'était rien de moins que le « Jour de la honte » à Gatineau. Et que tous ceux qui ne pensent pas comme lui périssent en enfer !

À la limite, je m'en fiche un peu du sort de la rue Amherst.

Si ça dérange tant que ça des gens qu'une rue rappelle le souvenir d'un sombre personnage de notre histoire, et bien qu'on la rebaptise avec un nom insignifiant comme l'Avenue de la Reine-des-Neiges ou la rue Cendrillon. Les âmes sensibles pourront dormir en paix.

D'ailleurs, je soupçonne Jean-Paul Perreault de s'en ficher autant que moi. Et c'est bien ce qui m'énerve le plus dans cette affaire.

Lorsque j'entends Jean-Paul Perreault se draper dans la vertu et s'indigner de ce que Gatineau honore encore la mémoire de l'« infâme » général Amherst, je ne crois pas une seconde en sa sincérité.

Quand il relit l'histoire du XVIIIe siècle à la lueur des valeurs du XXIe siècle, quand il parle d'Amherst comme d'un « génocidaire » et d'un « criminel de guerre » (deux termes qui n'existaient même pas à l'époque où le général anglais a vécu !), je vois surtout un homme qui cherche un prétexte pour faire de la récupération politique et attirer l'attention sur son mouvement.

J'y vois un opportuniste qui profite de ce que le maire Denis Coderre promet de changer le nom de la rue Amherst à Montréal (sous le prétexte de la réconciliation avec les autochtones) pour relancer le débat à Gatineau.

Tout ça se produit, comme par hasard, à la veille des élections municipales, alors que M. Perreault sait très bien que l'actuel maire Maxime Pedneaud-Jobin, qui tente de se faire réélire, était de la poignée de conseillers favorables à un changement de nom en 2011.

Si c'était juste de moi, je ne changerais rien. Je garderais le nom de la rue Amherst. Parce que le devoir de mémoire m'importe plus que la morale du jour. Je suis allergique au sermon des curés.

Surtout, je trouve qu'une société perd quelque chose d'inestimable quand elle déboulonne ses vieilles statues et ne remplace pas les plaques historiques volées dans ses parcs. Même si le général Jeffrey Amherst était une ordure de la pire espèce, il fait tout de même partie de notre histoire collective et il ne nous sert à rien de le nier. 

Ces jours-ci, on déboulonne à toute vitesse les statues et on rebaptise des bâtiments. Tout ça au nom d'une certaine rectitude politique et d'une vision tronquée du passé. On réécrit l'histoire à la façon de Disney en biffant tout ce qui dépasse et porte à la controverse. Tant pis pour le devoir de mémoire. Et vive la reine des neiges.




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