Mère modèle

« C'est ma fille qui m'a remis sur le... (Etienne Ranger, Le Droit)

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« C'est ma fille qui m'a remis sur le droit chemin », avoue Guadelupe Nunez Gonzalez, qui a terminé son secondaire tout en élevant sa fille Angelica. « Je devais faire quelque chose de ma vie », ajoute-t-elle.

Etienne Ranger, Le Droit

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CHRONIQUE / À la veille de la rentrée scolaire, l'histoire de Guadelupe Nunez Gonzalez a de quoi faire réfléchir sur l'importance de la persévérance scolaire.

Alors qu'elle flirtait avec le décrochage, la jeune femme d'Ottawa s'est reprise en main, à temps pour terminer son secondaire avec brio, tout en élevant un bébé encore aux couches...

D'ailleurs, Guadelupe l'avoue d'elle-même, l'école ne figurait pas très haut dans ses priorités. Jusqu'à ce qu'elle tombe enceinte d'Angelica, à l'âge de 19 ans. À l'époque, elle avait déjà accumulé beaucoup de retard à l'école. Vivotant de petits boulots, elle étudiait, sans enthousiasme, dans une école pour adultes de Montréal.

La grossesse allait tout changer. La fille insouciante de l'époque a réalisé qu'elle n'avait pas envie de passer sa vie à travailler chez Harvey's ou McDo. Il lui fallait passer son secondaire pour assurer l'avenir de sa fille à naître. «C'est ma fille qui m'a remis sur le droit chemin, c'est elle qui m'a donné envie de faire quelque chose de ma vie», raconte Guadelupe, que j'ai rencontrée à la veille de la rentrée scolaire dans les locaux de l'école Le Transit, à Ottawa.

Elle a quitté Montréal pour s'établir à Ottawa. Ici, elle a eu vent de cette école du Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario (CEPEO) qui offre un programme dédié aux jeunes mères n'ayant pas terminé leur secondaire. C'est d'ailleurs le seul programme francophone du genre dans la région.

Guadelupe s'y pointe, en septembre 2013, avec son bedon de femme enceinte, et le coeur plein d'espoir à l'idée d'étudier aux côtés de jeunes mères comme elle. Mais elle n'a pas idée du défi qui l'attend. «Je ne m'attendais pas à repartir de si loin. J'ai vite réalisé que mon insouciance me coûtait cher. J'avais à peine l'équivalent d'une 9e année. Les maths, l'histoire, les sciences, la géo, le français... il fallait que je recommence. J'ai failli tout abandonner», dit-elle.

À cela s'ajoutent les nuits blanches qui viennent avec un bébé aux couches, le transport en autobus, le petit boulot pour arrondir les fins de mois... Il lui faut parfois interrompre ses cours pour allaiter Angelica qui se trouve dans la garderie voisine. Malgré l'appartement et le service de garde subventionnés, Guadelupe songe à tout lâcher.

Elle peut compter sur Samira Belhabib, l'une de ses enseignantes, pour lui remonter le moral.

«C'était comme une seconde mère pour moi. Le jour où je lui ai dit que je voulais tout quitter, elle m'a dit de prendre deux jours de congé, de respirer et de relaxer. Elle m'a fait comprendre que j'avais un enfant maintenant, et que je devais faire quelque chose de ma vie.»

Guadelupe a persévéré. Trois ans après son arrivée au Transit, elle a décroché son diplôme. Avec, en prime, plusieurs bourses qui lui ont permis de poursuivre ses études en coiffure à La Cité. Quand je l'ai rencontrée, elle venait de se dégoter un boulot de coiffeuse dans le salon où elle a fait son stage. Et elle n'avait que de bons mots pour Le Transit où elle a laissé le souvenir d'une étudiante travaillante et persévérante.

«Mes enseignantes au Transit m'ont vue devenir coiffeuse bien avant que je le réalise moi-même, dit-elle. Elles ont su ce que serait mon avenir avant que je le sache moi-même.»

Aujourd'hui âgée de 23 ans, Guadelupe a la tête pleine de projets. Elle songe à lancer son propre salon de coiffure. Elle le nommera en l'honneur d'Angelica, devenue une pétillante fillette de 3 ans et demi. À la veille de la rentrée scolaire, elle a un message pour les jeunes mères qui suivront ses traces à l'école Le Transit.

«Je leur dis de persévérer, de se fixer un but et de continuer malgré les obstacles. Un enfant n'est que le début de leur vie. Les choses iront de mieux en mieux pour elles. Si elles sont capables de franchir les obstacles, un jour, leur enfant pourra prendre sa mère comme modèle. Le modèle de quelqu'un qui travaillait fort.»




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