Je vous appelle Georges ou Georgette?

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Pendant toutes ces années où il a réprimé le femme en lui, il a vécu l'enfer.

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CHRONIQUE / Elle a encore sa rude voix d'homme et ses larges épaules, mais elle s'habille en femme, se coiffe en femme et porte du maquillage.

Oui, c'est un peu déroutant. Même que durant l'entrevue, je me suis trompé quelques fois dans l'emploi du masculin et du féminin.

À un moment donné, je lui ai posé directement la question pour éviter toute ambiguïté : « Dites-moi, je vous appelle Georges ou Georgette* ? »

Elle a dit Georgette, même si son changement de nom n'est pas encore officiel, même si elle n'a pas encore subi la grande opération qu'elle attend avec impatience pour retirer son pénis et ajouter un vagin.

En attendant de devenir physiquement une femme, la Gatinoise de 44 ans prend des hormones qui font pousser ses seins et bomber ses fesses. Elle se fait épiler les poils du visage et s'exerce à « féminiser » sa voix en écoutant des tutoriels sur YouTube.

Et même si elle m'a dit de l'appeler Georgette, j'ai dû me tromper au moins dix fois durant le reste de l'entrevue tellement certains de ses traits sont encore masculins.

Je suppose que c'est normal d'être confus face à un/une transgenre en pleine mutation.

Après tout, Georgette elle-même a vécu dans la confusion des genres durant la majeure partie sa vie. Pendant des décennies, Georges alias Georgette a caché à tous le dilemme intérieur qui l'habitait.

« Dès l'âge de 7 ans, je ne me sentais pas comme un gars. Je me cachais pour m'habiller en femme. Mon pénis me dégoûtait », dit-elle.

Pour ne pas être démasqué, il évitait de se maquiller même s'il en avait furieusement envie. À 10 ans, quand il a vu sa mère se raser les jambes, il a été tellement bouleversé par la féminité du geste qu'il s'est rasé à son tour.

Pendant toutes ces années où il a réprimé la femme en lui, il a vécu l'enfer. En février dernier, il en a eu assez. « J'étais seule à la maison et je me suis regardée dans le miroir. Ce fut comme une claque dans la face. Je me suis dit : Georgette, faut que t'arrêtes de mentir aux autres et à toi-même. »

C'est ainsi que Georges a décidé de faire son coming-out et d'entamer résolument les démarches pour devenir Georgette.

L'annonce ne fut pas une surprise totale pour sa conjointe des 13 dernières années et mère de ses deux fillettes. Elle se doutait de quelque chose depuis qu'elle l'avait surpris à commander en ligne des hormones féminines...

En révélant à tous qu'il voulait devenir une femme, Georges s'est libéré d'un grand poids. Mais il a aussi déclenché une véritable tempête dans son entourage, le laissant aujourd'hui pratiquement seul, sans le sou et sans emploi. 

Après son coming-out, Georgette s'est séparée et a perdu la garde de ses deux filles. À son boulot, les choses ne se sont pas bien terminées. Elle a été congédiée jeudi dernier par une société privée, à forfait avec le gouvernement fédéral.

Il semble que dans son milieu, où elle travaillait avec le public, on n'appréciait pas de la voir arriver au boulot habillée en femme avec son maquillage.

Même si sa lettre de congédiement ne faut aucunement mention de son changement de sexe, Georgette soutient avoir observé un changement d'attitude quand elle a annoncé à sa patronne son intention de s'afficher comme une femme, en février dernier.

On lui aurait alors demandé de continuer à se présenter comme un homme, le temps d'aviser ses collègues.

Bref, son syndicat conteste son congédiement et c'est pour cette raison que Georges a préféré taire à la fois son nom et celui de son employeur.

De toute manière, Georgette ne n'a pas écrit au Droit pour régler ses comptes.

Elle voulait plutôt rappeler qu'à la veille de la parade de la Fierté qui se déroule dimanche à Ottawa, la bataille de l'acceptation est loin d'être gagnée pour les transgenres du Canada.

Georgette sera parmi les milliers de LGBTQ2 qui défileront dans les rues de la capitale fédérale. « Parce que c'est important de célébrer notre victoire sur l'ignorance, soutient-elle. Même si, malheureusement, il nous reste encore du chemin de faire avant d'obtenir l'acceptation sociale, politique et économique. »

* Nom fictif




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