Le mariage gai n'existe pas

Le mariage est pour tout le monde, selon... (Patrick Woodbury, Le Droit)

Agrandir

Le mariage est pour tout le monde, selon Réjean Piché. Aujourd'hui à la retraite, le Gatinois de 66 ans célèbre des mariages pour le compte d'une petite société d'Ottawa.

Patrick Woodbury, Le Droit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE / C'est fou le chemin parcouru depuis que le Québec a permis l'union civile entre conjoints de même sexe en juin 2002, faisant ainsi avancer d'un grand pas les droits des personnes homosexuelles.

Quinze ans plus tard, la présence de couples gais dans un téléroman ou le spectacle de deux hommes qui s'embrassent n'émeut plus les gens comme à une certaine époque.

Le gouvernement fédéral suivait le mouvement, deux ans plus tard. En mars 2004, le mariage gai devenait légal au Canada. Aujourd'hui, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, s'affiche sans honte dans les défilés de la fierté gaie. Et cet appui à la cause LGBT vaut sans doute mille campagnes contre l'homophobie.

Bien sûr, la haine existe toujours et couve sous la surface.

« Mais généralement, les gens n'osent plus nous le dire en pleine face », constate le Gatinois Réjean Piché qui s'est marié avec son conjoint Jocelyn, peu après la légalisation du mariage gai, en 2006.

Aujourd'hui à la retraite, cet homme de 66 ans célèbre des mariages pour le compte d'une petite société d'Ottawa.

En raison de son orientation sexuelle, les gens pensent qu'il se spécialise dans les couples de même sexe. Mais non, Réjean Piché unit surtout des hétéros !

« Et vous savez quoi ? Je refuserais de marier seulement des couples de même sexe. Le mariage est pour tout le monde maintenant. L'idée, c'est qu'il n'y ait pas de discrimination. Le mariage gai n'existe pas pour moi. Il n'y a que des mariages d'amour ! »

Six ans déjà que Réjean Piché agit comme célébrant de mariage. Il a déjà uni les destinées d'une centaine de couples. Pour lui, célébrer des mariages est une façon de se réconcilier avec un passé encore douloureux.

« C'est que j'ai déjà été prêtre pendant cinq ans, durant ma jeunesse, confie-t-il. J'ai laissé parce que je tombais toujours en amour avec des gars. Ce fut très, très dur à vivre. Si j'étais tombé en amour avec une fille, j'aurais quitté, et ç'aurait été correct. Mais pour moi, c'était plus difficile à cause des préjugés de l'époque. »

Réjean Piché a rencontré son conjoint actuel, Jocelyn, dans un bar de Montréal. Très en amour, ils se sont mariés en 2006, soit deux ans après la légalisation du mariage gai au Canada. Ils sont toujours ensemble, 11 ans plus tard.

Dans leur cas, le mariage était un geste d'amour, mais aussi un geste politique. « Les mariages venaient d'être permis et c'était important de s'en prévaloir. Ça s'est fait à notre maison située sur le bord de la rivière Blanche. On a rassemblé une centaine de personnes avec orchestre, chapiteau et arrivée en bateau sur la rivière... Ce sont deux gars qui nous ont mariés. Comme je tenais à avoir une dimension religieuse, l'un des deux gars était prêtre. »

Même s'il a dû quitter les rangs ecclésiastiques, Réjean Piché n'a jamais perdu la foi. Quand les couples qu'il marie lui en font la demande, il ajoute avec plaisir une dimension religieuse à la célébration. Mais il ne marie plus les gens dans les églises. Comme à l'époque où il était prêtre.

Malgré l'ouverture du pape François qui a déclaré ne pas juger les homosexuels, Réjean Piché entretient peu d'espoir d'être un jour réhabilité. « L'Église est encore très fermée, regrette-t-il. Si on me demandait de rendre service dans une paroisse, j'accepterais de bon coeur. Beaucoup de prêtres m'ont dit que je n'aurais pas dû quitter, que j'aurais dû m'organiser comme d'autres l'ont fait. Mais je n'ai pas le goût de vivre en cachette. L'hypocrisie n'est pas mon fort. »

Réjean Piché sera du défilé de la fierté gaie, le 27 août, à Ottawa. Oui, le mariage gai a fait avancer la cause. Il normalise les couples homosexuels, il facilite les choses en cas de décès d'un des conjoints, juge-t-il.

Bien sûr, ce n'est pas un antidote totalement efficace contre l'homophobie. « De toute manière, ce qui a vraiment changé durant toutes ces années, c'est qu'on a gagné nos droits. Et des droits, ce n'est jamais donné. Il faut les gagner. La vraie différence, elle est là. »

À compter de lundi

Les célébrations de la semaine de la fierté gaie s'ouvriront ce lundi à Ottawa pour se terminer avec le traditionnel défilé, le dimanche suivant. Le drapeau arc-en-ciel sera hissé devant l'hôtel de ville et plusieurs édifices municipaux lundi midi, alors que le maire Jim Watson proclamera le début des célébrations. Un barbecue gratuit suivra à la place Marion-Dewar. Toutes sortes d'activités sont prévues au programme de la semaine de la fierté, des soirées de quilles aux expositions, en passant par un événement littéraire hors du commun, soit de la lecture faite par des garçons nus (infos : ottawacapitalpride.ca). Le traditionnel défilé aura lieu le dimanche 27 août à compter de 13 h 30. Qui sait, Justin Trudeau pourrait prendre la tête de la parade... Le premier ministre canadien ne manque jamais une occasion de manifester son appui à la cause LGBT et a déjà participé aux défilés de Toronto, Halifax, Vancouver et Montréal.

Des excuses

Deux jours avant le plus important défilé de la Fierté gai jamais organisé dans la métropole, le maire de Montréal, Denis Coderre, a présenté ses excuses officielles à la communauté LGBTQ+ pour les actes de discrimination et de violence perpétrés contre elle par les forces de police. Dans un esprit de réconciliation, le directeur du Service de police de Montréal, Philippe Pichet, a également présenté ses excuses, rapporte La Presse. Il dit regretter les rafles policières faites dans les bars gais de 1960 à 1990. À Ottawa également, les rapports tendus entre la police et la communauté LGBTQ ont fait les manchettes. Les organisateurs ont demandé aux policiers d'Ottawa qui souhaitent participer au défilé de ne pas porter l'uniforme. Un compromis a été trouvé. Les policiers porteront finalement un polo identifié aux couleurs du service de police.

La ville d'Ottawa affiche ses couleurs

Le maire Jim Watson proclamera le début des... (Simon Séguin-Bertrand, Archives Le Droit) - image 6.0

Agrandir

Le maire Jim Watson proclamera le début des célébrations de la fierté gaie.

Simon Séguin-Bertrand, Archives Le Droit

Les célébrations de la semaine de la fierté gaie s'ouvriront ce lundi à Ottawa pour se terminer avec le traditionnel défilé, le dimanche suivant. Le drapeau arc-en-ciel sera hissé devant l'hôtel de ville et plusieurs édifices municipaux lundi midi, alors que le maire Jim Watson proclamera le début des célébrations. Un barbecue gratuit suivra à la place Marion-Dewar.

Toutes sortes d'activités sont prévues au programme de la semaine de la fierté, des soirées de quilles aux expositions, en passant par un événement littéraire hors du commun, soit de la lecture faite par des garçons nus (infos: ottawacapitalpride.ca). Le traditionnel défilé aura lieu le dimanche 27 août à compter de 13 h 30. Qui sait, Justin Trudeau pourrait prendre la tête de la parade... Le premier ministre canadien ne manque jamais une occasion de manifester son appui à la cause LGBT et a déjà participé aux défilés de Toronto, Halifax, Vancouver et Montréal. Les célébrations risquent d'être plus réjouissantes que l'an dernier alors qu'elles avaient été assombries par la pluie et le souvenir de la fusillade meurtrière d'Orlando.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer