Déboulonner l'histoire

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Pour l'instant, les autorités américaines justifient le retrait des monuments sudistes pour des raisons de sécurité publique.

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CHRONIQUE / La rapidité avec laquelle de grandes villes américaines retirent des statues à la gloire des héros de la confédération sudiste a de quoi faire réfléchir.

La guerre de Sécession américaine fait partie de l'histoire des États-Unis, tout comme son passé raciste et esclavagiste. Ce n'est pas en biffant tout vestige de ce passé peu glorieux qu'il cessera d'exister.

Au contraire, les récents affrontements violents en Virginie, qui tournaient justement autour du retrait d'une statue du général sudiste Robert Lee, prouvent encore une fois que le vieux fond raciste subsiste chez nos voisins.

Pour l'instant, les autorités américaines justifient le retrait des monuments sudistes pour des raisons de sécurité publique. D'ailleurs, Baltimore a retiré les siennes en pleine nuit, sans avertissement, pour ne pas rameuter des manifestants et éviter de nouvelles flambées de violences racistes.

On peut difficilement reprocher aux autorités américaines de chercher à calmer le jeu. Le climat demeure explosif aux États-Unis, alimenté par le refus du président Donald Trump de condamner fermement la violence exercée par les suprématistes blancs en Virginie.

Il reste qu'un danger guette lorsqu'on se met à retirer rapidement toute trace d'un épisode peu glorieux de notre passé : celui de déboulonner l'histoire elle-même.

Et c'est ce qui inquiète l'historien et président de la Société d'histoire de l'Outaouais, Michel Prévost.

« La question qu'on peut se poser, c'est où ça va s'arrêter », s'interroge-t-il en observant les monuments sudistes disparaître un à un de la place publique aux États-Unis.

On l'a vu ici même dans la région, le réflexe des autorités est souvent de retirer tout monument ou nom de lieu qui fait référence à un épisode controversé de l'histoire.

À Gatineau, le conseil municipal a tenu tête pendant des mois à des citoyens qui revendiquaient de changer le nom de la rue Amherst, nommée ainsi en l'honneur d'un général anglais qui voulait tuer ses ennemis indiens en leur inoculant la variole.

Par la suite, Gatineau a modifié des rues nommées en l'honneur de récipiendaires du prix Nobel qui s'adonnaient aussi... à être membres du parti nazi.

Plus récemment, on a annoncé que l'édifice où se trouve le bureau du premier ministre à Ottawa cessera de porter le nom d'Hector-Louis Langevin, désormais considéré comme un des architectes de l'odieux système de pensionnats autochtones. Une décision qui s'est prise très rapidement et sans réel débat public, constate Michel Prévost.

« C'est là le danger », insiste-t-il.

Parce qu'à force de réinterpréter les grands événements du passé à la lumière des valeurs d'aujourd'hui, on risque de ne plus pouvoir s'arrêter. Même s'ils sont morts bien avant la guerre de Sécession, les présidents américains George Washington et Thomas Jefferson ont aussi possédé des esclaves. Va-t-on aussi retirer leur statue ? se demande Michel Prévost.

Nos voisins américains ont cependant une approche de l'histoire différente de la nôtre. Nombre des monuments érigés à la gloire des personnages de la confédération sudiste l'ont été pendant la ségrégation raciale ou en réaction au mouvement des droits civiques des années 1960. Dans le cas de tels monuments, on peut difficilement parler de vestiges du passé.

Peut-être, comme l'a dit le gouverneur de la Caroline du Nord, Roy Cooper, que les reliques de la guerre civile américaine ont davantage leur place dans les musées et les livres d'histoire. Ainsi, ils continueront de témoigner d'un passé (pas si révolu !), sans devenir des lieux de pèlerinage pour les groupes radicaux.




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