Manoeuvres loufoques

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Patsy Bouthillette a été conseillère municipale et présidente de la commission consultative d'urbanisme avant de siéger comme juge à la Cour du Québec.

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CHRONIQUE / À en croire l'Association de la construction du Québec, la Ville de Gatineau aurait une attitude tellement confrontante avec les entrepreneurs que certains de ses membres hésitent à soumissionner sur les contrats publics.

Je veux bien admettre que ce n'est pas facile de faire des affaires avec Gatineau, que la bureaucratie est lourde, la réglementation tatillonne et les fonctionnaires parfois trop zélés. Mais j'ai peine à imaginer les entrepreneurs en construction bouder les lucratifs contrats municipaux pour si peu. Il y a trop d'argent à faire pour lever le nez là-dessus. Dans le pire des cas, les entrepreneurs présenteront des soumissions un peu plus chères pour couvrir leurs risques... comme ils l'ont toujours fait. Mais ils ne bouderont pas leur plaisir !

Bien sûr qu'il y a des dérapages et que la Ville de Gatineau n'est pas toujours le modèle de rigueur et d'intégrité qu'elle devrait être dans ses rapports avec les entrepreneurs. La décision rendue le 2 août dernier par la juge Patsy Bouthillette le démontre assez clairement. La Ville paraît mal, très mal, dans cette affaire relatée lundi par mon collègue Julien Paquette.

Ainsi, on apprend que Gatineau a refusé de payer son dû à un entrepreneur, Construction Profex, qui n'avait pourtant rien à se reprocher pour ses travaux de maçonnerie à la Maison du Citoyen. En plus de retenir d'importants montants, la Ville a manqué de transparence en refusant de partager un rapport d'expert avec l'entrepreneur. Tout ça pour des raisons peu convaincantes que la juge Bouthillette a qualifiées de... « loufoques. » 

Pas à dire, le qualificatif fait mal à la réputation de Gatineau. Il vient de quelqu'un qui sait de quoi elle parle. Mme Bouthillette a été conseillère municipale et présidente de la commission consultative d'urbanisme avant de siéger comme juge à la Cour du Québec.

Non, la Ville de Gatineau n'avait pas besoin de cette mauvaise publicité alors qu'elle multiplie les efforts pour se forger une réputation de ville d'affaires. L'administration Pedneaud-Jobin a entrepris d'importantes réformes au développement économique et à l'urbanisme. Pour l'instant, il est difficile de savoir si elles portent des fruits.

D'un côté, Gatineau a fait une remontée spectaculaire dans le palmarès annuel de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante où elle a longtemps figuré en queue de peloton. De l'autre, l'ombudsman de Gatineau reprochait récemment à la Ville de Gatineau de privilégier la voie de la confrontation, et même de la judiciarisation, lorsque surviennent des cas complexes avec les citoyens. L'épisode avec Profex vient alimenter cette thèse !

Ceci dit, l'heure des règlements de compte a sonné entre le maire Maxime Pedneaud-Jobin et une partie de la communauté d'affaires de Gatineau qui n'apprécie pas son style. 

M. Pedneaud-Jobin s'est fait élire en promettant de lutter contre la collusion et de veiller à l'intégrité dans l'octroi des contrats publics. Dès le début, il n'a pas hésité à confronter les entrepreneurs en tenant son bout sur les frais de croissance ou en boudant le projet des tours de Brigil au centre-ville.

Quant à l'Association de la construction du Québec, elle est à couteaux tirés avec son administration depuis que le maire a fait appel à l'Unité permanente anticorruption (UPAC) après l'appel d'offres du centre multifonctionnel en 2014. Dans le milieu de la construction, beaucoup ne lui ont pas pardonné cet affront à leur réputation, d'autant plus que l'enquête n'a débouché sur aucune accusation. 

Les adversaires de M. Pedneaud-Jobin à la mairie de Gatineau ont vite compris le parti qu'il pouvait tirer de l'affaire Profex. Quitte à user des raccourcis faciles pour faire mal paraître le maire, comme l'a fait lundi le candidat Denis Tassé. Celui-ci a dénoncé la « tendance lourde » de l'administration Pedneaud-Jobin à judiciariser les dossiers. Une tendance lourde, vraiment ? M. Tassé a été incapable de produire la moindre statistique pour appuyer ses dires.

Chose certaine, il y a encore beaucoup de travail à accomplir pour transformer Gatineau en une véritable ville d'affaires. Mais il sera difficile d'y parvenir dans l'atmosphère de confrontation et de démagogie qui domine les débats.




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