Être ou ne pas être un sinistré ?

Serge Larose a tout perdu avec les inondations... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Serge Larose a tout perdu avec les inondations sur la rue du Fer-à-Cheval, à Masson-Angers.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE / Serge Larose n'en dort plus la nuit. Être ou ne pas être un sinistré ? Telle est la question qui le hante depuis les inondations du printemps dernier à Gatineau.

Selon les critères du gouvernement du Québec, ce consultant à la retraite de 69 ans n'est pas un sinistré et n'a donc droit à aucune compensation financière.

Même si sa propriété du chemin du Fer-à-Cheval a été complètement inondée, M. Larose n'y habitait pas et n'est donc pas admissible au programme d'aide.

Mais ce n'est pas ce qui le fatigue le plus. Serge Larose ne veut pas d'argent du gouvernement. Tout ce qu'il souhaite, c'est construire un chalet neuf à la place du bâtiment délabré qui se trouve sur son terrain acquis d'une succession en 2014.

Il était d'ailleurs sur le point d'obtenir son permis de construire auprès de la Ville de Gatineau, le printemps dernier, quand les eaux se sont mises à monter, monter, et monter encore...

Et du jour au lendemain, tous les projets de Serge Larose sont tombés à l'eau.

Depuis l'adoption de la nouvelle cartographie des zones inondables, sa propriété est désormais située dans une zone 0-20 ans où il est interdit de construire. La Ville de Gatineau refuse donc de lui octroyer ce permis qu'il croyait sur le point d'obtenir avant la crue des eaux...

C'est ainsi que la propriété qu'il a acquise au coût de 105 000 $ et pour laquelle il paie chaque année plus de 2300 $ de taxes municipales et scolaires n'a plus aucune valeur sur le marché. Serge Larose résume ainsi la situation : « J'ai tout perdu. Mon terrain est maintenant tout juste bon à faire un pique-nique au bord de la rivière. »

Comme si ce n'était pas suffisant, la municipalité exige qu'il démolisse à ses frais la bicoque qui se trouve sur son terrain, en plus de fournir des rapports d'arpenteur et d'ingénieur confirmant que le lot sera remis à son état original. Des démarches qui s'élèvent, selon ses estimations, à 30 000 $.

Serge Larose a dû me le répéter au moins 10 fois pendant l'entrevue. Il ne veut pas d'argent du gouvernement. Seulement la permission d'aller de l'avant avec son projet de construction qu'il comptait réaliser cet été avec un ami.

Un employé de l'urbanisme, à la Ville de Gatineau, lui a dit que son terrain était trop bas de 6 centimètres. M. Larose est prêt à construire son chalet sur une fondation aussi haute qu'il le faudra pour le mettre à l'abri des crues.

S'il se sent victime d'une injustice ? Et comment.

« Peu importe à qui je m'adresse, on me dit que je ne suis pas un sinistré. On ne veut pas me parler. Je n'existe pas. Et c'est vrai que lors des inondations, je n'avais pas les pieds dans l'eau. »

« Mais il reste que depuis des années, je paie des taxes sur une propriété. Une journée, tout est beau, il semble que je vais pouvoir construire. Le lendemain, je me retrouve avec une propriété qui ne vaut plus rien... à cause des inondations. Suis-je un sinistré ou pas ? Tout ce qui m'arrive, c'est quand même un impact direct des inondations », fait-il valoir.

*****

Au bureau du député de Papineau, Alexandre Iracà, on étudie la situation de M. Larose afin de voir s'il est possible de l'aider même si son cas ne cadre pas avec les programmes en vigueur.

Quant au conseiller municipal du district Masson-Angers, Marc Carrière, il croit que Gatineau a adopté trop vite la nouvelle cartographie des zones inondables. Le cas de M. Larose est la preuve qu'il aurait fallu prendre le temps de mieux évaluer les besoins sur le terrain, insiste-t-il.

« On devrait lui permettre de réaliser son projet de construction au lieu de lui faire subir ce que j'appelle une expropriation déguisée. Il est possible de faire des exceptions », tranche M. Carrière, dont le quartier a été durement touché par les crues du printemps. 

Quant à Serge Larose, il espère qu'en rendant publique sa mésaventure, il poussera d'autres propriétaires dans la même situation que lui à se manifester.




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