Ouvrir la porte aux profiteurs

La nouvelle superclinique MédiGo offre aux patients qui... (Simon Séguin-Bertrand, Archives Le Droit)

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La nouvelle superclinique MédiGo offre aux patients qui se présentent sans rendez-vous de leur attribuer un médecin de famille...Trop beau pour être vrai ?

Simon Séguin-Bertrand, Archives Le Droit

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CHRONIQUE / Les patients de l'Outaouais sont tellement en manque d'un médecin de famille qu'ils seraient prêts à n'importe quoi, ou presque, pour s'en voir attribuer un.

Or qu'est-ce que Radio-Canada nous apprend ?

Que la nouvelle superclinique MédiGo de Gatineau a mis en place une technique tordue pour désengorger sa salle d'attente lors des journées plus achalandées.

Ainsi, on offre aux patients qui se présentent sans rendez-vous de leur attribuer un médecin de famille... à condition qu'ils acceptent de repousser de quelques jours leur rencontre avec un médecin, voire de carrément l'annuler.

De nombreux patients ont sauté sur l'occasion. Quand ça fait des années que tu végètes sur une liste d'attente, et qu'on offre de t'attribuer un médecin de famille sur un plateau d'argent, il s'en trouvera plusieurs pour sauter là-dessus.

De là à dire que c'est un « bon deal », comme l'affirme la responsable de la clinique, la Dre Anne Gervais, j'en suis moins sûr. En tout cas, ce n'est pas un « bon deal » pour tout le monde. Car le problème, avec cette pratique pour le moins particulière, c'est qu'elle crée deux classes de patients, selon des critères qui n'ont rien à voir avec leur état de santé.

Ainsi, les patients qui refusent de quitter la salle d'attente, parfois pour de très bonnes raisons, ne se font pas offrir un médecin de famille. Rad-Can rapporte le cas d'un patient, Philippe Vaillancourt, qui a refusé de quitter parce qu'il jugeait que sa plaie infectée devait être examinée sans attendre par un médecin. Une sage décision. Mais qui le prive néanmoins du privilège de se voir attribuer un médecin de famille. Où est la logique ?

Tout cela donne la fâcheuse impression qu'il faut marchander, gosser ou téter quelqu'un pour avoir un médecin de famille en Outaouais. Et que ce sont les plus snoreaux qui arriveront à leurs fins, pas nécessairement les plus mal en point.

Je fais partie de ceux qui patientent depuis des années sur la liste d'attente pour obtenir un médecin de famille. Et j'attends docilement mon tour. En me disant que des gens ont plus besoin d'un médecin que moi. Je présume que le système de santé, malgré ses imperfections, saura généralement faire le tri entre ceux qui ont besoin d'un médecin tout de suite, et les autres, comme moi, qui peuvent attendre.

Quand la nouvelle superclinique a ouvert ses portes, en juillet, j'ai bien cru que mon attente tirait à sa fin. J'ai reçu un appel à la maison d'une infirmière du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais. Manque de pot, j'ai manqué l'appel. Sur le répondeur, l'infirmière me demandait de rappeler à un numéro de téléphone à l'hôpital de Hull si je souhaitais toujours avoir un médecin de famille.

J'ai rappelé au plus vite. Une fois, deux fois, trois fois, dix fois... Pour tomber encore et encore sur un répondeur dont la boîte vocale était pleine. Après trois jours, j'ai abandonné. En me disant, avec philosophie, que j'avais manqué ma chance.

Mais aujourd'hui, je me sens moins zen. Je comprends que si je veux vraiment un médecin de famille, il faudrait que je m'invente une bursite ou un mal de dos, et que j'aille marchander mon mal imaginaire contre la promesse d'un médecin de famille à la superclinique. Ridicule.

L'Association des médecins omnipraticiens de l'ouest du Québec a rappelé à Radio-Canada qu'il n'y a pas de règle régissant le fonctionnement des cliniques pour le choix des patients. Chaque médecin de famille choisit sa façon de déterminer les nouveaux patients qu'il prendra en charge.

Ça me va tout à fait. Tant qu'on n'invente pas des pratiques qui ouvrent la porte aux profiteurs.




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