Survivre à ses cauchemars

Luc Morin, un ex-pompier de Val-des-Monts, n'était qu'à... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Luc Morin, un ex-pompier de Val-des-Monts, n'était qu'à 30 centimètres du toit qui s'est effondré sur son collègue: «Je suis passé à 12 pouces de mourir, et j'en fais encore des cauchemars la nuit», raconte-t-il.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE / L'état de stress post-traumatique est souvent associé à la carrière de soldat. Mais l'ex-pompier de Val-des-Monts, Luc Morin, est bien placé pour savoir qu'il peut frapper de plein fouet les premiers répondants.

Après être devenu à 27 ans le plus jeune chef pompier adjoint à temps plein du Québec, en 2010, M. Morin a vécu une véritable descente aux enfers. Des traumatismes vécus au travail, notamment le décès d'un jeune collègue pompier mort sous ses yeux en 2008, ont fini par le rattraper.

Alors qu'il semblait destiné à une brillante carrière de pompier, il a dû démissionner d'un poste qu'il adorait en décembre 2015, avant de perdre la garde de ses deux filles, sa conjointe et la majorité de son cercle d'amis.

Ce n'est que la semaine dernière après une visite chez un psychiatre que l'ancien pompier a pleinement réalisé ce qui se cachait derrière ses excès de colère et de violence, ses cauchemars récurrents, son besoin irrépressible d'adrénaline et ses sursauts à la moindre sonnerie de cellulaire.

Au bas de son rapport, le psychiatre a inscrit les quatre lettres qui résument tout pour Luc Morin : PTSD. Post-traumatic stress disorder. Le psychiatre a même rajouté : PTSD « clair » tant il ne fait aucun doute, dans son esprit, que Luc Morin souffre du même mal que les soldats qui reviennent du front en état de choc.

Après l'intervention qui a coûté la vie à son collègue André Manseau en mars 2008, Luc Morin a songé à tout abandonner. Il dit être lui-même passé à deux doigts d'y rester. Il n'était qu'à 30 centimètres du toit qui s'est effondré sur son collègue. « Je suis passé à 12 pouces de mourir et j'en fais encore des cauchemars la nuit », raconte-t-il.

Au lieu d'arrêter pour vivre son deuil et reprendre ses esprits après la mort de son collègue, Luc Morin raconte qu'il s'est plutôt réfugié dans le travail ou à la salle de gym. « Je m'assurais de maintenir le flot d'adrénaline au maximum. Je focalisais sur la personne à extraire de l'auto, l'incendie à éteindre... Tant que l'adrénaline était là, je demeurais rationnel. Mais dès qu'elle tombait, l'anxiété et l'angoisse me rattrapaient. Je fuyais toute présence humaine, j'avais besoin de me retrouver seul. »

Il a perdu pied après une intervention où il a réanimé un bambin de trois ans retrouvé au fond d'une piscine. La nuit, il se revoit à la fête d'enfants, à pratiquer le RCR sur le petit qui avait le même âge que sa fille. Il réentend les gens paniquer et pleurer autour de lui. Oui, il a sauvé la vie du garçonnet. Mais il ne se sentait pas l'âme d'un héros en rentrant à la caserne. « J'avais juste... tellement de chagrin. »

Quatre mois après, il démissionnait de son poste à la direction du service d'incendie.

Luc Morin l'avoue, il a blâmé tout le monde pour ses malheurs. Au point de faire le vide autour de lui.

Mais aujourd'hui, il se demande quelle différence ç'aurait faite si lui-même et les gens dans son milieu de travail avaient été mieux formés pour détecter les signes avant-coureurs du syndrome de stress post-traumatique.

Après la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic ou l'incendie de Fort-McMurray en Alberta, de nombreux pompiers sont tombés en état de stress post-traumatique, parfois plusieurs mois après les tragiques événements. Malgré tout, le phénomène et ses effets demeurent mal documentés au sein du personnel de la sécurité publique.

En racontant son histoire, Luc Morin espère que les services d'incendie en tireront des leçons. « Il faut qu'on arrive à mieux détecter les comportements, à les interpréter comme des appels à l'aide... Il faut qu'on puisse sonner l'alarme dès le départ pour éviter que ça dégénère au point où des gens en viennent à tout perdre », dit-il.




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