Vivre un pied dans le vide

Contre toute attente, le cancer de Mariane Martin... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Contre toute attente, le cancer de Mariane Martin semble avoir disparu.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE / La Gatinoise Mariane Martin est une miraculée. Elle ne devrait plus être là pour parler du cancer rare et mortel qui a failli l'emporter trop jeune, à 20 ans.

Les médecins n'arrivaient pas à trouver ce qu'elle avait. Au début, ils pensaient qu'elle était enceinte et que c'est pour cela que son ventre gonflait de la sorte. C'était plutôt un cancer rarissime, touchant normalement les hommes de plus de 50 ans exposés à l'amiante, qui avait élu domicile dans son abdomen.

Un cancer pernicieux, invisible, découvert sur le tard. Un cancer au stade 4, en principe incurable. Mariane était condamnée. Ses études au cégep, son emploi dans une épicerie, les sorties avec ses amies... toute l'insouciance de sa jeunesse s'effaçait devant la terrible perspective de mourir.

« C'est l'enfer comme ça fait mal d'apprendre que tu as le cancer si jeune. D'apprendre que tu vas mourir. Je ne pensais pas passer au travers. Mais je voulais me battre », raconte la jeune femme qui a déjoué tous les sombres pronostics avec une « urgence de vivre » qui a impressionné son entourage.

« Le médecin de Mariane trouvait que ça augurait tellement mal qu'il ne l'aurait pas opérée si elle avait été plus âgée. Mais il a tenté le coup, justement parce qu'elle était jeune », raconte sa mère Julie Breton, qui a vécu les pires moments de sa vie au chevet de sa fille.

Mariane a été opérée le 30 septembre 2015. En l'ouvrant, le médecin spécialiste a réalisé que tout l'abdomen était atteint. Il a retiré de son mieux les parties infectées, soit 4 pieds d'intestin, de même qu'une partie du péritoine et du tube digestif. Avant de la refermer, il a fait un traitement de chimio hyperthermique pour nettoyer ce qui aurait pu lui échapper.

Contre toute attente, l'opération a fonctionné. Le cancer semble avoir disparu. Après une difficile période de sevrage aux puissants médicaments qu'on lui administrait contre la douleur, Mariane peut recommencer à vivre. Elle envisage même un retour aux études en sciences infirmières.

Mais avant tout, elle part pour une dizaine de jours en canot-camping. Un trip de plein air sur la rivière Noire, en Outaouais, avec une douzaine de jeunes qui ont combattu le cancer, comme elle. L'aventure est organisée par la fondation « Sur la pointe des pieds ».

Je l'ai rencontrée la veille de son départ. Elle avait très hâte. Pas qu'elle raffole du plein air. Au contraire, elle serait plus du genre à coucher à l'hôtel. Mais elle meurt d'envie de raconter son histoire et d'entendre celle des autres jeunes.

« Dans le fond, je n'ai jamais rencontré de jeunes qui ont eu un cancer. J'ai espoir de me sentir enfin comprise », raconte Mariane.

On n'a pas une idée comme le cancer peut vous couper du reste du monde. « Au début, j'ai dû recevoir 350 messages d'affection et de soutien sur Facebook, raconte Mariane. Ça m'a fait du bien. Mais après sept mois, tes amis ne te voient plus et ne pensent plus à toi aussi souvent. Je ne le dis pas avec amertume, c'est juste la réalité », raconte-t-elle.

Lorsque la maladie l'a enfermée dans une bulle, Mariane s'est souvent demandé si elle était la seule fille de son âge à combattre le cancer. Apparemment, non. « C'est un peu ça que je vais chercher lors de l'expédition de canot. Un sentiment d'appartenance envers un groupe de gens qui ont vécu la même expérience que moi. »

Après une année d'enfer, l'avenir semble plus rose pour Mariane. Mais elle a encore l'impression de vivre avec un pied dans le vide. « Après l'opération, le docteur m'a dit : j'ai prolongé ta vie. Mais on ne sait pas si ce sera d'un an, deux ans, dix ans ou trente ans », dit Mariane.

La bête peut revenir la hanter. Une perspective à la fois angoissante et enivrante. « J'ai arrêté de tenir la vie pour acquise. Je réalise que tout ce que j'ai peut disparaître aussi vite que c'est arrivé. Alors on dirait que le soleil est plus beau chaque jour. Qu'il brille plus fort. J'essaie d'en profiter au maximum. »




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