Du mauvais côté de la justice

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Patrick Woodbury, Archives Le Droit

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CHRONIQUE / À en juger par votre réaction sur les médias sociaux, vous êtes nombreux à avoir applaudi les deux gars qui ont décidé de rendre justice eux-mêmes à Gatineau, après avoir été témoins d'actes criminels.

D'accord, vous reconnaissez pour la plupart que les deux adultes y sont allés trop fort en frappant, séquestrant et agressant trois jeunes qu'ils avaient surpris à voler dans des voitures à l'arrêt dans le secteur Buckingham.

D'un même souffle, vous avez eu vite fait de les excuser en vous réjouissant de ce que les trois ados ont eu que ce qu'ils méritaient. Gang de petits crisses, ils n'oublieront pas de sitôt cette leçon, vous dites-vous.

Comme quoi, pour bien des gens, le héros est encore celui qui règle ses comptes par lui-même. Peut-être faut-il y voir l'influence du cinéma américain : combien de héros d'Hollywood sont des vengeurs ?

Se faire justice soi-même est un vieux fantasme encore bien vivant. De nos jours, il trouve son expression non seulement dans la rue, mais aussi sur la place publique et sur la scène politique. Que fait Donald Trump et les autres populistes sinon se venger des élites qui ont prétendument abusé du bon peuple ?

Le Service de police de la Ville de Gatineau a bien fait de publiciser l'arrestation des deux adultes afin de rappeler que nul n'a le droit de se faire justice soi-même dans une société de droit comme la nôtre.

On peut bien se plaindre que notre système de justice est malade. Prétendre qu'il est trop lent et trop clément pour les criminels. 

On peut bien trouver qu'il protège trop les crapules et pas assez les honnêtes citoyens. On a toutes les raisons de rager en voyant des meurtriers échapper à la justice en raison de l'arrêt Jordan.

Oui, c'est frustrant de savoir que ce sont les deux adultes qui doivent faire face à un chapelet de lourdes accusations, alors que les trois jeunes prétendument pris en flagrant délit de vol s'en tirent sans rien d'autre... qu'un choc nerveux.

Le fait est que ces jeunes ont le droit, comme tout le monde, à la présomption d'innocence. Aux dernières nouvelles, c'est le droit à un procès juste et équitable qui différencie notre système de justice, ô combien imparfait !, de l'époque du Far West ou de la Syrie en guerre.

Alors oui, on peut bien se laisser aller, l'espace d'un instant, à un petit défoulement intérieur en apprenant que deux Gatinois ont décidé de donner la leçon de leur vie à des voyous. 

Mais n'oublions pas que le jour où on défendra celui qui se fait justice lui-même, on jouera le jeu de celui qui déteste son ex, son patron, son collègue de travail ou son voisin musulman, gai ou noir. 

Et ce jour-là, je ne souhaite à personne de se trouver du mauvais côté de la justice.




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