Un souper de cauchemar

La vie ne tient qu'à un fil, réalisent... (Courtoisie)

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La vie ne tient qu'à un fil, réalisent Andréa Hartley et Jeffrey Pomminville après l'explosion qui a changé leur vie.

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CHRONIQUE / C'était censé être un souper d'amoureux. L'explosion d'une bouteille de liquide à fondue a transformé en cauchemar le rendez-vous romantique de Jeffrey Pomminville et Andréa Hartley. Et changé à jamais la vie du jeune couple de Gatineau.

Les deux tourtereaux revenaient tout juste d'un voyage au Mexique quand le drame s'est produit, le 7 mars dernier. De retour dans leur appartement du secteur Aylmer, ils ont voulu prolonger le temps d'une soirée les beaux moments partagés dans le sud. « J'ai eu ce qui me semblait une idée de génie, raconte Jeffrey. J'ai proposé à Andréa de nous faire une fondue sur la petite table du salon. On allait manger côte à côte, comme on le faisait sur la plage... »

Au beau milieu du souper arrive ce qui nous est tous arrivé au moment de déguster une fondue : la flamme du brûleur s'éteint. Jeffrey se lève pour chercher une bouteille neuve de gel à fondue. À son retour, Andréa soulève le pot à fondue pour qu'il puisse librement réalimenter le brûleur. « Fais attention, babe, le prévient-elle. Ça pourrait être dangereux... »

Jeffrey se bat avec la bouteille neuve qu'il doit presser, et presser pour en extraire le liquide. Quand un jet de gel en sort enfin, il s'enflamme, sans doute à cause de la chaleur dégagée par le brûleur. C'est dans la fraction de seconde qui suit que tout bascule. En voyant le gel prendre feu, Jeffrey relâche la pression sur la bouteille. Un appel d'air se produit à l'intérieur du contenant. C'est l'explosion, un bang assourdissant, une aveuglante boule de feu.

Dans l'instant qui suit, Jeffrey réalise que l'appartement est en feu. La bouteille a revolé d'un bord, enflammant rideaux, murs et divan... Quant au contenu de la bouteille, Jeffrey réalise avec horreur qu'il s'est déversé sur son amoureuse. Devant lui, Andréa est devenue une torche humaine, le feu la consumant de la tête à la taille...

Il tente de lui arracher son chandail, de la recouvrir d'une couverture... rien n'y fait. Andréa brûle toujours. Sans échanger un mot, le couple se dirige alors vers la douche. Lui, en panique. Elle, d'un calme surnaturel, marchant comme une somnambule dans une enveloppe de flammes. « Curieusement, je ne pensais à rien de particulier, raconte Andréa. Je ne ressentais pas la douleur, peut-être à cause de l'adrénaline. »

Les blessures d'Andréa Hartley... (Courtoisie) - image 2.0

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Les blessures d'Andréa Hartley

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Sous la douche, c'est l'horreur. La peau du visage d'Andréa se détache sous la pression de l'eau. Il s'écoule environ une demi-minute avant qu'il réussisse à éteindre les flammes. Tout ce temps-là, Andréa est parfaitement lucide. Les yeux, le nez, les oreilles, tout semble en place. Sauf la peau du visage qui pend, inerte. Jeffrey pousse un soupir de soulagement : « Je me suis dit : elle est sauvée. »

Mais il criait victoire trop vite. Quand les ambulanciers arrivent, Andréa souffre atrocement. À l'hôpital de Hull, le pronostic est sombre. On ignore si elle passera la nuit. On la transfère de toute urgence au centre des grands brûlés à l'Hôtel-Dieu de Montréal. Elle s'y réveillera deux jours plus tard, aveugle, avec des brûlures au 2e et 3e degré au visage, au cou, aux bras et au torse. Le souvenir du souper d'amoureux est déjà très loin.

Après avoir subi de pénibles greffes de peau, Andréa a entrepris une longue réhabilitation : physiothérapie, ergothérapie, massothérapie, psychothérapie. Elle a dû réapprendre à utiliser ses mains, ses avant-bras ainsi que son torse et son cou. À 30 ans, elle se doit se déplacer à l'aide d'une marchette. Cette éducatrice spécialisée active et sportive doit faire le deuil de toute activité extérieure. Mais aussi de son apparence d'antan, de ses beaux cheveux qu'elle appréciait tant.

Le drame lui a fait réaliser que la vie ne tient qu'à un fil. « Ce devait n'être qu'un souper super cute, soupire-t-elle. Des fois, je vois des gens niaiser avec le feu. Et ça m'arrive à moi qui suis ultraprudente. J'ai eu du mal à l'accepter », dit-elle.

Et Jeffrey ? Il s'est senti coupable. Ce qui l'aide à vivre, c'est de savoir que sans son intervention rapide, Andréa serait sans doute morte. Avec l'aide de sa mère, il coordonne une campagne d'autofinancement en vue de payer à Andréa un traitement pour les grands brûlés non couverts par la Régie de l'assurance-maladie du Québec. En ligne depuis lundi soir, l'histoire du souper d'amoureux virant au cauchemar a fait le tour des médias sociaux. En moins de 48 heures, la campagne lancée sur le site gofundme.com a déjà permis d'amasser 9600 $ sur un objectif de 50 000 $.




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