La vraie question

Le conseiller Mathieu Fleury dit avoir été inondé... (Martin Roy, Le Droit)

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Le conseiller Mathieu Fleury dit avoir été inondé d'appels et de courriels.

Martin Roy, Le Droit

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CHRONIQUE / Voilà qu'on assiste à une levée de boucliers contre le possible déménagement du refuge de l'Armée du Salut dans le quartier Vanier, à Ottawa. On peut comprendre les craintes du voisinage. La clientèle de ce genre d'établissement passe rarement inaperçue...

C'est vrai que ça dérange, des itinérants qui traînent dans les rues. Qui se droguent en public. Qui laissent traîner leurs seringues souillées. Qui gueulent fort. Qui se battent. Ça fait désordre. On dit que ça fait fuir les touristes et les promoteurs immobiliers. On aimerait tellement mieux ne pas les voir. D'ailleurs, on fait souvent comme s'ils n'existaient pas !

Des sans-abri, j'en rencontre tous les jours au centre-ville d'Ottawa entre mon stationnement et les bureaux du Droit. Quand ils me quêtent de l'argent, je ne leur en donne pas souvent - j'ai rarement de la monnaie dans mes poches. Mais je refuse de faire comme s'ils n'existaient pas. Je les salue, je leur souhaite une bonne journée. La plupart du temps, ça s'arrête là. Parfois non...

L'autre jour, un jeune gars m'intercepte à l'entrée de mon stationnement. Il me raconte une histoire à dormir debout comme quoi il a besoin de monnaie pour prendre l'autobus et se rendre au Gîte Ami, de l'autre côté du pont. Je lui réponds : «Mon vieux, je n'ai pas d'argent. Mais je peux te donner un lift jusqu'au Gîte Ami...»

Voyant que son baratin ne prend pas, le gars décide de jouer son va-tout : «Fuck it, man. Je ne veux pas de lift. Encore moins de billets d'autobus. Je veux m'acheter de la bière !» Une piastre traînait dans le fond de ma poche, je la lui ai donnée. Le gars est reparti en bougonnant, pas plus reconnaissant qu'il ne le faut. C'est vrai que t'achètes pas grand bière avec un dollar...

Alors voilà, c'est vrai qu'ils dérangent.

Dès qu'un débat public s'engage pour décider du meilleur emplacement pour un nouveau refuge, c'est toujours la même chose. On cherche l'endroit où les itinérants seront le mieux dissimulés. Où ils dérangeront le moins.

Même ceux qui sont en faveur du déménagement à Vanier, comme le maire Jim Watson, prennent la peine de noter que le projet de l'Armée du Salut comprend l'aménagement d'une cour intérieure destinée à éviter que les itinérants traînent toute la journée sur le chemin Montréal. 

On veut les cacher pour mieux les oublier. Les itinérants, eux, ont compris que c'est lorsqu'ils dérangent qu'ils ont le plus de chances qu'on s'occupe d'eux. À Gatineau, quand ils ont érigé un campement illégal le long du ruisseau de la Brasserie, tout le monde s'est soudain découvert un intérêt pour leur cause !

On pourra débattre longtemps du meilleur emplacement où déménager le refuge de l'Armée du Salut. Il n'y aura jamais unanimité. De toute manière, la pauvreté n'a pas de frontière. Elle se déplace d'un quartier à l'autre, et même d'une ville à l'autre, quand ce n'est pas d'une province à l'autre.

Alors Vanier ou le centre-ville d'Ottawa, c'est du pareil au même. À moins que les services offerts aux usagers soient meilleurs à un des deux endroits. C'est peut-être la vraie question qu'on devrait se poser au lieu de se déchirer sans fin sur le choix du terrain.

Et de ce côté, je pense que l'Armée du Salut a encore du travail à faire. À elle de convaincre les élus et la population de Vanier qu'elle serait en mesure d'offrir de meilleurs services dans des installations flambant neuves sur le chemin Montréal, plutôt qu'à son emplacement actuel de la rue George.




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