Les meilleurs amis du monde

C'est à l'école secondaire Franco-Cité que Johny Dawahri,... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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C'est à l'école secondaire Franco-Cité que Johny Dawahri, Aaron Kabemba et Sharber Dawahri se sont rencontrés pour ensuite devenir inséparables.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE/ Le Congolais et les jumeaux syriens. On dirait le titre d'une fable, non ? Si c'en était une, elle raconterait le destin de trois adolescents fuyant la guerre, que rien ne prédestinait à devenir... les meilleurs amis du monde.

Mais ce n'est pas une fable, c'est une histoire vraie. Pour ces trois garçons, qui ont fait connaissance à l'école secondaire Franco-Cité d'Ottawa, ce qui devrait n'être qu'une relation d'aide s'est transformé en une amitié comme on en voit peu.

C'est le Congolais qui est arrivé le premier au Canada. Aaron Kabemba est un grand garçon de 15 ans qui s'exprime d'une voix profonde et apaisante. Il parle peu, mais vous devriez le voir sourire, on a envie de sourire avec lui.

Bref, Aaron est arrivé au Canada comme réfugié après une épopée qu'on devine tragique. Sa mère est morte au Burundi. Il s'ennuie de sa famille et de ses amis restés au Sud-Kivu, en République démocratique du Congo.

Après avoir vécu avec son oncle à Gatineau, Aaron a déménagé à Ottawa avec ses deux grands frères pour se rapprocher de son école. Une école où tout était nouveau pour lui. Il m'a raconté ses mésaventures avec le cadenas de son casier. Les deux jumeaux, qui avaient déjà entendu l'histoire, ont ri de bon coeur en l'écoutant la raconter de nouveau...

« Je n'avais jamais vu de cadenas de ma vie, dit Aaron. Dans mon pays, on n'a pas de cadenas. En fait, on n'a pas de casier non plus ! Donc moi, mémoriser les chiffres, tourner la roulette dans le bon sens, c'était tout un apprentissage. Assez pour qu'au début, j'arrive en retard en classe. Mais après un bout de temps, j'étais okay ! »

Aaron avait donc eu le temps de s'acclimater à sa nouvelle école quand les jumeaux Chabel et Johny Dawhari sont arrivés à leur tour, avec la grande vague de réfugiés syriens, en février 2016. 

À Franco-Cité, on a vite réalisé que l'adaptation serait difficile. Les deux jumeaux avaient traversé mille périls depuis leur départ de Syrie. 

Juste l'hiver canadien était une épreuve, sans compter la langue française qu'ils maîtrisaient mal.

Une des profs de 8e est allée voir Aaron. Et ça ne m'étonne pas qu'elle soit allée vers lui. Il se dégage de ce grand garçon une maturité et une autorité naturelle qui inspirent confiance. Elle lui a confié une mission : « Tu es passé par où passent les jumeaux. Tu sais ce que c'est. C'est à ton tour maintenant. Aide-les à s'intégrer. Tu seras leur allié. »

C'est ainsi qu'Aaron s'est retrouvé à accompagner les deux jumeaux dans le cadre d'un programme d'accueil pour les nouveaux arrivants. Voyant dans sa mission une occasion de donner au suivant, Aaron s'est donné à fond. Comme les réfugiés syriens avaient tendance à s'isoler et à parler arabe entre eux, il a bien averti les jumeaux. « Vous êtes dans une école francophone maintenant. C'est le français qu'il faut parler. »

Alors qu'Aaron initiait les jumeaux à l'horaire des cours, au système d'autobus et au maniement compliqué du cadenas, une amitié aussi forte qu'improbable s'est nouée entre le grand Congolais et les deux frères. « On ne s'attendait pas à ce qu'il y ait cette chimie-là, admet Marcel Pierre, travailleur en établissement à Franco-Cité. Mais Aaron a cette façon de faire... Il est vraiment allé chercher ces jeunes Syriens qui avaient tendance à rester entre eux à cause des difficultés de langue. »

Aaron a fait tant et si bien qu'il a reçu un prix ambassadeur, cette semaine, des mains du maire d'Ottawa, Jim Watson. Mais sa plus belle récompense, il la côtoie tous les jours. Aaron et les deux jumeaux font leurs devoirs ensemble, ils jouent au soccer et à des jeux vidéo. « Je me sens comme si je faisais partie de leur famille et qu'ils font partie de la mienne, dit-il. Ils m'apprennent des mots d'arabe. Ils sont gentils, intelligents et fiers. On veut finir nos études et aller à l'université ensemble. »

Ceci n'est pas une fable. Si c'en était une, la morale serait que l'intégration passe parfois par l'amitié.




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