On a retrouvé le soldat Fox

Harry Fox était un soldat du 6e régiment... (Le Droit)

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Harry Fox était un soldat du 6e régiment d'artillerie.

Le Droit

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CHRONIQUE / Après deux ans de recherches, l'archéologue gatinois Denis Renaud a remporté son pari fou : retrouver le soldat Harry Fox.

Je vous ai parlé de M. Renaud dans une chronique de mai 2015 qui s'intitulait justement : il faut retrouver le soldat Fox.

À l'époque, M. Renaud collaborait à des fouilles archéologiques sur un site occupé par les troupes canadiennes en juillet 1944, tout près de la ville française de Caen.

Sur place, les archéologues français ont retrouvé des vestiges témoignant des affrontements meurtriers de l'époque entre soldats canadiens et nazis. Des mitraillettes rouillées, des boîtes de munitions et la carcasse d'un avion allemand ont été exhumées.

Tout au fond d'une tranchée canadienne, tout près des restes d'une boîte d'obus, on a aussi retrouvé une gourmette. Un petit bracelet en métal avec un numéro de matricule, les initiales H. F. et l'inscription : « From Rose ».

À qui a appartenu cette gourmette ? Qui était la mystérieuse Rose ? Le petit objet de fer blanc semblait avoir une histoire fascinante à raconter.

Les archéologues français ont demandé à Denis Renaud, qui avait accès à des archives militaires canadiennes, de les aider à répondre à cette question. Fasciné par le côté humain de l'archéologie, M. Renaud a tout de suite accepté, convaincu que les minces indices à sa disposition lui permettraient de déterrer une histoire fascinante.

Il n'a pas été déçu.

Découvrir que le numéro de matricule correspondait à un certain Harry Fox, artilleur au 6e régiment d'artillerie, a été un jeu d'enfant pour ce professeur en archéologie des champs de bataille à l'Université d'Ottawa. Ne restait plus qu'à trouver le bon Harry Fox parmi les nombreux qui figuraient dans les archives militaires.

Et pour cela, il a fallu deux ans de recherche à M. Renaud qui a passé des week-ends complets à éplucher des documents à Bibliothèques et Archives Canada. C'est ainsi qu'il a recueilli petit à petit des indices, apprenant notamment que le soldat Fox avait été décoré cinq fois et qu'il avait été amputé d'un doigt après que sa main soit restée coincée dans la culasse d'un canon.

Denis Renaud a su qu'il touchait au but le jour où il a retracé la pierre tombale d'un certain Harry Fox décédé en 2005 à Milton, près de Toronto, grâce au site findagrave.com. Par un contact là-bas, il a mis la main sur une photo dudit Harry parue dans le journal local en 2004. Il arborait 5 médailles sur sa poitrine et portait ce qui ressemblait à une prothèse à la main gauche.

« J'étais à 99,9 % certain d'avoir retrouvé mon homme », raconte Denis Renaud. La certitude absolue vient quelques jours plus tard quand il joint une des petites-filles de Harry Fox. Elle lui confirme que c'est le bon. « J'ai ressenti une grande libération intérieure », raconte Denis Renaud.

Quand il se rend à Milton rencontrer la famille, il assouvit un fantasme d'archéologue. « Quand tu découvres un vase grec datant de plusieurs siècles, tes chances de découvrir son propriétaire sont minces, celles de parler à sa famille, encore plus », dit-il. Alors que là, il a pu compléter l'histoire de Harry Fox. Et découvrir qui était la fameuse Rose...

La gourmette était en fait une médaille religieuse. Un porte-bonheur offert à Harry par son amoureuse de l'époque. 

Denis Renaud craignait de créer un malaise en révélant l'existence de Rose. 

Mais la famille était au courant. Selon la soeur de Harry, c'est une fille qu'il avait rencontrée en Angleterre, bien avant son mariage avec sa femme Doreen en 1946.

La famille de Harry n'a pas su grand-chose de ses années de guerre. À son retour d'Europe, il faisait d'affreux cauchemars. Il n'a parlé que deux fois de la guerre. 

On a su qu'un de ses camarades était mort à ses côtés.

Pas pour rien que Denis Renaud a été bien accueilli à Milton. À partir d'un objet échappé par un soldat canadien au fond d'une tranchée exposée au feu de l'ennemi, il a provoqué 73 ans plus tard une rencontre riche en émotions.

« Pour moi, l'héritage le plus beau, c'est vraiment la relation avec la famille », conclut M. Renaud qui compte bientôt publier une biographie et tourner un documentaire sur Harry Fox.




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