L'illusion de la division

Le quartier du Musée... (Courtoisie)

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Le quartier du Musée

Courtoisie

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CHRONIQUE / En latin, ils disaient Divide ut regnes. Diviser pour régner...

Un truc presque aussi vieux que la civilisation.

Une stratégie toute simple, mais combien efficace, qui consiste à trouver un enjeu qui sème la discorde parmi la population pour ensuite mieux l'exploiter à son avantage.

Un exemple ? Je vous suggère celui-ci, tout à fait au hasard : tu proposes à la population de ta ville de construire non pas une, mais deux tours d'une hauteur pharaonique, juste à côté d'un de tes derniers quartiers patrimoniaux. C'est la chicane assurée. Dans le temps de le dire, tu te retrouveras avec deux camps très polarisés, tout aussi convaincus l'un que l'autre de la puissance de leurs arguments.

Les partisans des deux tours salueront la vision du promoteur. Ce projet changera le visage du centre-ville à jamais, vanteront-ils. La construction va créer des centaines d'emplois. Notre ville pourra jouer dans la cour des grands, attirer des milliers de touristes, et même faire de l'ombre à la capitale du pays, sa voisine...

Ceux qui oseront s'élever contre le projet des deux majestueux gratte-ciel se feront reprocher leur manque d'ambition. On leur dira qu'ils sont nés pour un petit pain. Pire, on les accusera de s'opposer au développement économique, un crime de lèse-majesté dans toute société capitaliste qui se respecte...

L'autre camp voudra protéger le quartier patrimonial contre l'« appétit vorace » des promoteurs. Ils joueront la carte de l'identité, du sentiment d'appartenance à la ville. Ils diront que c'est en préservant le patrimoine bâti, témoin de notre histoire passée, qu'on arrivera à stimuler la fierté des habitants de la ville.

Ils joueront la carte de l'« échelle humaine » en disant que des tours de 35 et de 55 étages n'ont pas leur place dans un quartier patrimonial. Dans ce camp-là, on sera peu sensible au fait que les deux tours seront visibles de très loin. On notera surtout qu'elles jettent une ombre nuisible sur le centre-ville.

Dans le débat acrimonieux qui en résultera, on aura l'impression que les intérêts des uns sont irréconciliables avec les intérêts des autres. Il faudra être pour ou contre les tours de Brigil. Pour ou contre la protection patrimoniale du quartier du Musée.

Toute la stratégie de la division repose précisément sur l'illusion qu'il n'y a que deux avenues possibles. 

Mais ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas moyen de s'entendre. Ce n'est pas vrai que la population est condamnée à prendre position pour l'un ou pour l'autre. Pas vrai que le patrimoine et le développement économique ne sont pas faits pour s'entendre.

À un coin de rue du terrain où Brigil veut construire ses deux tours, l'hôtel Sheraton Four Points s'est entendu avec la Ville de Gatineau et les citoyens du quartier pour construire une nouvelle tour de 30 étages. Les négociations entre les parties ont duré un an et demi. Ça a pris tout ce temps pour accoucher d'un projet largement accepté.

Comme quoi il y a toujours moyen de moyenner... quand on veut moyenner.

Mais à l'approche des élections municipales à Gatineau, un dossier qui polarise les électeurs est plus utile pour gagner des votes.




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