Erreur de jugement

Le chef du SPVG, Mario Harel, a indiqué... (Etienne Ranger, archives Le Droit)

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Le chef du SPVG, Mario Harel, a indiqué que si la gravité de l'appel avait été correctement évaluée, une autopatrouille aurait pu être immédiatement libérée lorsque Thérèse Gauvreau a été assassinée.

Etienne Ranger, archives Le Droit

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CHRONIQUE / Bien sûr que le mea culpa du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) ne ramènera pas à la vie Thérèse Gauvreau. Quoi qu'on fasse, quoi qu'on dise, rien ne changera le fait que les policiers sont arrivés trop tard, le 18 janvier dernier, pour empêcher un fou furieux de battre à mort la pauvre dame de 83 ans sur son balcon.

Le meurtre de Mme Gauvreau a créé une onde de choc parmi la population. Pas seulement parce que la dame était connue et appréciée de la communauté. Mais aussi parce que des policiers qui mettent 30 minutes à se rendre sur les lieux de ce qui s'avère un homicide, ça soulève des questions... angoissantes.

En fait, c'est le genre de cafouillage qui sème un doute au sein de la population sur la capacité des policiers à assurer la sécurité alors qu'un rôdeur est signalé dans le quartier.

Le rapport du SPVG a le mérite d'être clair. Il conclut à une « erreur de jugement » de la part du préposé au centre d'appel urgent 911.

Selon l'enquête interne, celui-ci aurait dû envoyer dans la minute une autopatrouille sur les lieux de l'appel. L'employé aurait plutôt sous-estimé l'urgence de la situation avec les conséquences tragiques que l'on sait...

Il fallait aussi établir si l'erreur de jugement du préposé était la règle ou un cas isolé. Le SPVG a épluché 25 000 appels logés au 911 ces 2 dernières années pour vérifier si les préposés manquent de rigueur au moment de rentrer les codes d'appel.

Conclusion du SPVG : les préposés font une excellente job en général et le cafouillage du 18 janvier est un « cas isolé ».

Et pourtant, ça ne suffira pas à rassurer tout le monde, notamment ceux qui auraient préféré que l'enquête sur le dérapage du SPVG soit confiée à une firme externe - et non pas au SPVG lui-même.

D'autres noteront une flagrante contradiction : tout en plaidant l'erreur humaine et le cas isolé, le SPVG investira plus d'un million pour faire certifier son système 911 par le ministère de la Sécurité publique.

Un processus qui implique notamment l'ajout de nouveaux mécanismes pour vérifier la qualité des réponses aux appels 911...

N'empêche que le chef Harel a affronté la tempête. Il a répondu aux questions des élus et des journalistes. Il a fait enquête auprès de ses propres services. Il a remis en question les façons de faire de son organisation et procédé à des ajustements...

On ne peut pas en dire autant des dirigeants du système de la santé de l'Outaouais qui auraient, eux aussi, à fournir des réponses dans le cadre de cette triste affaire.

Comment se fait-il qu'un jeune homme de 21 ans avec des problèmes de santé mentale, qui était suivi à l'époque par le centre Pierre-Janet, se soit retrouvé à rôder dans le quartier de Mme Gauvreau, visiblement agité et instable ?

Quand on sait le manque criant de ressources en santé mentale en Outaouais et ailleurs au Québec, on ne peut faire autrement que de se poser des questions sur l'état psychologique du présumé meurtrier, en cette journée fatidique du 18 janvier 2017.

Y'a-t-il eu erreur de jugement de ce côté-là aussi ?

Sans doute faudra-t-il attendre au procès du jeune homme (l'enquête préliminaire est prévue cet automne) avant de mieux connaître le genre de suivi en santé mentale dont il profitait.

En attendant, on ne sait même pas si au ministère de la Santé, quelqu'un, quelqu'un part, a fait un bilan des événements entourant le meurtre de Mme Gauvreau. Silence radio !

C'est facile de clouer le chef de police au pilori pour une erreur de jugement commise par un de ces employés. Mais en faisant son mea culpa sans tarder, le SPVG lance le signal qu'il est au service du public.

Qu'est-ce que la grosse machine de la santé attend pour faire de même ?




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