Zones sensibles

« J'ai dit au maire : je vous en supplie,... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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« J'ai dit au maire : je vous en supplie, faites de quoi ! Ne me faites pas perdre ma maison !», raconte Francine Bélanger.

Patrick Woodbury, Le Droit

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«Le gouvernement n'oublie pas les sinistrés », a assuré le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, lors de son passage à Gatineau.

Et pourtant, à Pointe-Gatineau, bien des sinistrés se sentent délaissés maintenant que les eaux se sont retirées de leur quartier en laissant de gros dégâts.

Fini le grand élan de solidarité. Les pompiers, les soldats, l'autobus de la STO, la voiture de police au coin de Saint-Louis et Moreau, tout a disparu. La Ville de Gatineau retirait même, lundi, les derniers gros conteneurs mis à la disposition des sinistrés pour vider leurs déchets de construction...

« Abandonnés, carrément abandonnés, c'est comme ça qu'on se sent », a lâché Dominic Lesieur rencontré sur la rue Blais, alors qu'il sortait des débris de la maison d'un ami sinistré.

Malgré des appels répétés à la Ville et au gouvernement, le propriétaire des lieux ne sait toujours pas si sa maison sera déclarée une perte totale ou pas, a raconté M. Lesieur. « La plupart des gens sont dans le néant, ils ne savent pas où ils s'en vont. Et quand ils appellent à la ville ou au gouvernement, ils n'arrivent pas à obtenir des réponses claires. »

D'autres ont déjà eu des mauvaises nouvelles. C'est le cas de deux voisins dont les maisons devront être démolies sans possibilité d'être reconstruites, puisqu'elles se trouvent dans la zone inondable 0-20 ans.

Un voisin, Gaston Éthier, attend quant à lui la visite d'un inspecteur pour évaluer les dégâts à sa fondation. Il déplore lui aussi le manque d'information de la part des autorités. « Je comprends qu'elles soient débordées. Mais la moindre des choses, ce serait qu'on ouvre un petit kiosque en permanence au coin de la rue pour répondre aux questions des sinistrés. »

Même son de cloche d'un autre voisin, Réjean Belcourt, qui appelle plusieurs fois par jour au ministère de la Sécurité publique du Québec. « C'est rendu que la dame me connaît par mon petit nom », blague-t-il, même s'il n'a pas le coeur à rire.

Il a reçu un chèque d'aide de 15 000 $ du gouvernement. Mais il avoue candidement ne pas savoir quoi en faire tant qu'un inspecteur n'aura pas statué sur l'état de sa propriété. « Je suis entre une rénovation et une perte totale, dit-il. Pour l'instant, je ne peux même pas me magasiner une nouvelle maison ! »

Maintenant, permettra-t-on aux sinistrés de reconstruire dans les zones inondables ?

Le gouvernement du Québec et la Ville de Gatineau réfléchissent toujours à cette question, pas si simple qu'elle y paraît au premier abord.

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, répète qu'il faudra sans doute y aller au cas par cas, de manière « chirurgicale », au moment de décider quelles reconstructions seront autorisées dans la zone inondable 0-20 ans.

Parmi les cas qui font réfléchir le maire, il y a celui de Francine Bélanger dont la famille habite depuis quatre générations une maison de la rue Moreau. Après les inondations, Mme Bélanger a invité le maire à visiter sa maison qui est située en plein coeur de la zone sensible, tout juste en bordure du ruisseau Moreau.

« J'ai dit au maire : je vous en supplie, faites de quoi ! Ne me faites pas perdre ma maison !, raconte Mme Bélanger. J'ai 65 ans bien proche et je n'ai pas le goût de me trouver une maison ou un appartement. Encore moins d'aller vivre dans une résidence pour personnes âgées !

«Ma grand-mère a élevé sa famille, puis mes deux frères et moi dans cette maison que j'ai finalement reçue en héritage. Puis ce fut à mon tour d'y élever mon fils. Et qui dit que ma petite-fille de 9 ans ne voudra pas y vivre aussi un jour ?

«Tout ce que je demande, c'est qu'on me donne les sous pour que je puisse remonter mon terrain au-dessus du niveau de l'eau, comme l'ont fait mes voisins. Je suis fière d'avoir habité Pointe-Gatineau toute ma vie. Et je veux continuer d'y rester !»




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