Repartir de zéro

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On oublie que tout ce que la plupart des immigrés souhaitent, c'est s'intégrer au plus vite, rappelle l'auteur.

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CHRONIQUE / Le nom sur le curriculum vitae a ravivé de vieux souvenirs dans l'esprit d'Élise. Des souvenirs qui remontaient à sa vie d'avant, dans son Congo natal. « Je connais ce nom-là », a-t-elle murmuré sans trop oser y croire.

C'était le nom d'une figure publique jadis bien connue dans son pays d'origine. Un homme qui avait fait de la politique. Qui passait dans les journaux et à la télévision. Un homme dont la renommée s'étendait à la grandeur du Congo.

Et voilà que ce nom ressurgissait du passé pour atterrir sur le bureau d'Élise, immigrée congolaise au Canada, aujourd'hui responsable de l'intégration communautaire au Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario (CEPEO) à Ottawa.

Lorsqu'elle a eu le monsieur devant lui, elle n'a plus eu l'ombre d'un doute. C'était bien lui. La personnalité publique. Et si quelqu'un lui avait dit qu'elle croiserait un jour le chemin de cet homme, elle ne l'aurait pas cru, tant elle avait l'impression qu'ils gravitaient dans des univers différents.

Et pourtant, il était bien là. L'homme surgi de son passé était maintenant un immigrant comme les autres, une figure anonyme dans ce nouveau pays où personne ne le connaît, et où ses diplômes et son expérience ne sont pas reconnus. Un homme qui devra retourner sur les bancs d'école pour obtenir l'équivalent d'un secondaire V.

Ce jour-là, il rencontrait Élise parce qu'il avait le goût de faire quelque chose, de se sentir utile pour son pays d'adoption. « Ça m'a fait de la peine, confie Élise, qu'un homme de cette valeur, de ce niveau-là, redevienne comme un enfant et doive tout reprendre de zéro. »

***

L'anecdote qu'Élise m'a racontée en marge d'une cérémonie à l'intention des immigrants, vendredi matin, à l'école du Trillium d'Ottawa, a de quoi faire réfléchir. Certains se plaisent à dépeindre les immigrants comme des profiteurs. La vérité, c'est que la majorité d'entre eux ne souhaitent qu'une chose: s'intégrer à leur société d'accueil, apprendre la langue, trouver un boulot... bref, faire oeuvre utile le plus vite possible. Et on n'a pas idée des sacrifices qu'ils doivent consentir pour y arriver.

Vendredi matin, la CEPEO remettait des attestations à une trentaine d'immigrants qui ont participé à ses cafés-communautés au cours de la dernière année. Voilà déjà trois ans qu'on organise ces cafés destinés à favoriser l'intégration des nouveaux arrivants et à leur apprendre le français. Et comme une intégration réussie passe par le travail, on avait aussi organisé une foire d'emplois dans le gymnase de l'école. Une trentaine d'employeurs locaux, du Money Mart aux Forces armées canadiennes, y rencontraient les chercheurs d'emplois. Beaucoup d'immigrants en ont profité pour tenter leur chance.

Si c'est dur de se trouver un emploi pour un immigrant ? La plupart m'ont dit que oui. Un emploi dans leur domaine en tout cas. Ce n'est un secret pour personne que d'ex-professeurs ou d'anciens ingénieurs, dont les diplômes ne sont pas reconnus ici, doivent accepter des petits boulots, ici et là, pour gagner leur vie. Tiens, il y avait Marthe, 45 ans, et Sandra, 25 ans, tous deux fraîchement diplômées de La Cité. 

Deux immigrées congolaises qui espèrent se dégoter au plus vite un boulot dans leur domaine afin de rembourser leurs dettes d'étude.

« Les dettes, ça me donne des maux de tête », a laissé tomber Marthe qui a trouvé difficile de retourner sur les bancs d'école. Mais elle n'a pas eu le choix, ses compétences en informatique et en secrétariat n'étant pas reconnues au Canada.

En attendant de trouver un travail dans leur domaine, les deux femmes font des ménages. « Faut bien payer les factures et manger ! », m'a lancé Sandra en tirant Marthe par le bras.

Justement, fallait qu'elles aillent travailler.




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