La mince ligne

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L'inspecteur Sylvain Renaud, du SPVG, a comparu mercredi devant la commission Chamberland.

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CHRONIQUE / Est-ce que le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) est allé trop loin en instaurant une véritable chasse aux sorcières parmi ses rangs, en 2013, afin de savoir qui entretenait des contacts avec des journalistes de la région ?

De par mon métier, j'ai un parti pris favorable pour le droit sacré du public à l'information. Et c'est encore plus vrai en notre époque où politiciens et grandes organisations consacrent d'énormes ressources pour présenter les faits à leur avantage... parfois au détriment de la vérité. Une conseillère de Donald Trump a même inventé le concept de « faits alternatifs » pour contourner une réalité qui ne fait pas son affaire, imaginez...

Et pourtant, j'hésite à blâmer le SPVG pour l'enquête interne qu'il a menée en 2013 afin de débusquer des policiers qui coulaient de l'info confidentielle à des médias. Après avoir écouté les témoignages à la commission Chamberland, il me semble que le SPVG a flirté sur la mince ligne entre l'acceptable et le condamnable.

Disons d'abord que des policiers, ou des politiciens, ou des fonctionnaires qui parlent aux journalistes même s'ils n'en ont pas le droit, ça a existé de tout temps et ça existera toujours. Les médias ont besoin de sources à l'interne pour obtenir des informations d'intérêt public qu'ils n'obtiendraient pas autrement.

De la même manière, il y aura toujours des organisations qui mènent des chasses aux sorcières. Le danger, c'est quand la répression effectuée à l'intérieur d'une organisation crée un tel climat de peur que les sources qui détiennent de l'information d'intérêt public cessent de parler aux journalistes parce qu'elles ont peur de se faire coincer et réprimander.

À Gatineau, le SPVG s'est lancé dans une chasse aux sorcières après l'« Opération Parker » en 2013. La direction était alors convaincue que les fuites dans les médias compromettaient la sécurité de ses policiers. Un caméraman de la télévision avait pris des images d'agents doubles en pleine action lors d'une arrestation sur le boulevard Saint-Joseph. Le SPVG avait dû insister auprès de la station pour que les images des policiers soient flouées après une première diffusion.

Convaincu qu'une « source » à l'interne avait aiguillé l'équipe de télévision sur les lieux, le chef du SPVG, Mario Harel, s'est senti l'obligation d'agir pour s'assurer que les informations qui filtrent dans les médias ne menacent pas la sécurité des policiers, l'intégrité des enquêtes ou des opérations. Il dit avoir senti que les efforts de sensibilisation faits jusqu'alors ne suffisaient plus et qu'il lui fallait resserrer la vis pour mettre fin aux fuites.

Comme à Montréal et à Laval, le SPVG s'est servi des journalistes afin de tenter de savoir qui leur parlait parmi ses rangs. On est cependant loin de l'affaire Lagacé. On n'a pas épluché le compte de téléphone des journalistes, il n'y a pas eu d'écoute électronique ou de filature... même si la possibilité de filer le reporter Pierre-Jean Séguin de TVA a été évoquée avant d'être rejetée par les affaires internes.

Ceci dit, le SPVG n'y est pas allé de main morte. En instaurant une enquête disciplinaire de six mois, en interrogeant 36 policiers sur leurs relations avec les journalistes, en allant jusqu'à leur demander s'ils connaissent des collègues qui connaissent de journalistes, le SPVG s'est assuré de fermer la trappe aux policiers trop bavards. Après l'enquête interne, il n'y a pas eu de fuites pendant un an, s'est réjoui l'un des directeurs devant la commission Chamberland.

Alors voilà, le droit sacré du public à l'information peut souffrir de quelques restrictions quand la vie de policiers est en jeu. L'ennui, c'est qu'on ne saura jamais si la campagne de peur orchestrée à l'intérieur même du SPVG a aussi découragé les lanceurs d'alertes légitimes. 

Après tout, le SPVG n'est pas différent de bien d'autres organisations. On sent la même obsession de contrôler le message, de préserver l'image corporative et d'éviter les fuites qui font mal paraître l'organisation. Sans des sources prêtes à parler aux journalistes, qui dénoncera le gaspillage de fonds publics, les conflits internes, les magouilles et les abus de temps supplémentaire ?




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