Au lieu de regarder ailleurs

Une étude produite par l'Observatoire des tout-petits, un... (Archives, La Presse)

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Une étude produite par l'Observatoire des tout-petits, un projet de la Fondation Lucie et André Chagnon, soutient qu'en 2015-2016, chaque jour, 20 nouvelles situations de maltraitance d'enfants âgés de 0 à 5 ans ont été rapportées au Québec.

Archives, La Presse

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CHRONIQUE / C'est un scénario de cauchemar. Un bébé de 7 mois meurt noyé dans la baignoire familiale, laissé à lui-même à côté de sa mère endormie.

Mon collègue Louis-Denis Ébacher a écrit que l'innommable s'est produit dans le quartier du Plateau à Gatineau et il a bien raison. Un drame épouvantable qui vient nous chercher dans nos tripes de parents. 

En lisant la triste nouvelle, j'ai revu ma fille, bébé, quand je la baignais. Une boulette de chair instable et fragile, qui me glissait entre les doigts lorsque je venais de la savonner.

L'image d'un bambin qui flotte inerte dans l'eau du bain est insupportable. On n'a pas envie d'y penser ou d'en parler très longtemps. Alors on fait comme toujours : on s'indigne un bon coup. Puis on se dit : la DPJ va s'en occuper.

Ah, la Direction de la protection de la jeunesse ! Une chance qu'elle est là.

Elle nous permet de vite regarder ailleurs quand un cas particulièrement troublant de négligence parentale fait les manchettes. Alors qu'au lieu de détourner les yeux, il faudrait regarder de plus près ce qui se passe dans notre cour. Le jour même où on apprenait la mort du bébé dans son bain, une étude révélait que les cas de maltraitance sur les très jeunes enfants ont bondi de 27 % en moins de dix ans au Québec. Et ce ne serait que la pointe de l'iceberg, considérant que la majorité d'entre eux ne sont pas signalés aux autorités.

Un enfant maltraité, c'est scandaleux. Mais c'est pire sur les très jeunes enfants de 0-5 ans qui dépendent totalement de leurs parents pour subvenir à leurs besoins. Les études démontrent que les mauvais traitements auront sur eux des conséquences graves et durables, avec des coûts énormes pour la société quand ils grandiront.

Quand un drame comme celui du Plateau survient, on a vite tendance à détourner les yeux en nous disant que ça ne nous concerne pas. Nous sommes prompts à juger les parents qui maltraitent ou négligent leurs enfants. Alors qu'ils ne sont pas si différents des autres. 

« Ce n'est pas parce qu'un parent perd les pédales qu'il ne veut pas le meilleur pour son enfant. Ils veulent la même chose que nous. Que leur enfant soit heureux », confiait Michelle Dionne, directrice de la DPJ, à La Presse.

Au lieu de juger et de regarder, il faudrait plutôt offrir du soutien à ces familles avant que la situation de détresse ne dégénère en situation de maltraitance, note Fannie Dagenais, directrice de l'Observatoire des tout-petits qui a produit le rapport sur la maltraitance. « Le message qu'on veut passer, c'est qu'il faut voir la maltraitance comme quelque chose qu'on peut prévenir », insiste-t-elle.

Mme Dagenais dit que tout le monde a un geste à poser, pas juste la DPJ. Il y a les gouvernements qui doivent renforcer leur soutien économique aux familles et offrir des services de garde éducatifs à l'enfance, les employeurs qui doivent favoriser les mesures de conciliation travail-famille, les intervenants qui doivent mieux outiller les parents dans l'exercice de leur rôle...

Et il y a nous.

Je ne connais pas la situation particulière de cette jeune mère de 28 ans qui devra faire face à une accusation de négligence criminelle en plus d'avoir perdu la chair de sa chair. Ce que je note, c'est que s'il se cachait une situation de détresse derrière ce drame, personne n'a su la détecter à temps. 

Un jour, une mère s'endort en baignant son bébé. Le lendemain, elle crie sa détresse sur le perron : « prenez-moi, prenez-moi au lieu de prendre mon enfant ! » Et les voisins de s'étonner du drame qui se joue sous leurs yeux : c'était pourtant une famille si paisible.

Et c'est là que se trouve aussi notre responsabilité collective. Le plus souvent, nous vivons dans notre bulle sans voir la détresse qui sévit juste là, sous notre nez, chez le voisin. En ouvrant un peu plus les yeux à ce qui se passe autour de nous, qui sait si on ne préviendra pas d'autres drames.




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