Un cas isolé, vraiment ?

Quand il s'est présenté à l'hôpital de Maniwaki... (Courtoisie)

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Quand il s'est présenté à l'hôpital de Maniwaki le 26 août 2015 pour se faire enlever la vésicule biliaire, Arthur Lacaille s'attendait à ressortir le jour même.

Courtoisie

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C'est un autre cas choquant de patient « échappé » par le système de santé que rapportait ma collègue Justine Mercier dans notre édition de mardi. Un monsieur de 67 ans rentre à l'hôpital de Maniwaki pour se faire retirer la vésicule biliaire... et finit plutôt à la morgue. Une mort qui, selon le rapport du coroner, est accidentelle et en partie attribuable à des failles dans le système.

Quand il s'est présenté à l'hôpital de Maniwaki le 26 août 2015 pour se faire enlever la vésicule biliaire, Arthur Lacaille s'attendait à ressortir le jour même. Cet homme actif, bon vivant et grand-père aimant, est plutôt décédé trois jours plus tard aux soins intensifs de l'hôpital de Hull à la suite de complications que le personnel infirmier n'a pas prises suffisamment au sérieux.

Et c'est le plus troublant de l'affaire. Que des complications surviennent après une opération, même après une opération aussi banale que l'ablation de la vésicule biliaire, ça arrive. Ça fait partie de la « game ».

Des médecins vous diront d'ailleurs qu'il n'existe pas une telle chose qu'une « banale » opération de routine. Des complications sont toujours possibles.

Sauf que dans le cas de M. Lacaille, c'est le traitement postopératoire qui a clairement fait défaut. Alors qu'une responsable recommandait un « suivi serré » dans la nuit qui a suivi son opération, M. Lacaille a plutôt été laissé à lui-même, fiévreux et en douleur, sur son lit d'hôpital. Aucune note n'apparaît à son dossier médical entre 1 h 35 et 5 h 20.

Que s'est-il passé pendant ces quatre heures ? Le personnel était-il débordé ? L'a-t-on simplement oublié ? On n'a pas de réponse à ces questions. Toujours est-il que M. Lacaille est mort quelques jours plus tard des suites d'une pneumonie aux soins intensifs.

Dans son rapport, la coroner Marie Pinault, est limpide : « La lecture du dossier nous laisse croire que le suivi postopératoire a été déficient à plusieurs égards », tranche-t-elle, en recommandant au Centre intégré de la santé et des services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) de remédier à cette lacune.

Et le CISSSO de répondre que le rapport sur la mort tragique de M. Lacaille est « pris très au sérieux » comme chaque fois qu'un rapport du coroner est porté à sa connaissance ». 

Au sérieux, vraiment ? Le monsieur est mort. Et je suis certain que la famille du défunt aurait préféré que ce qu'on prenne au sérieux, ce soit la consigne d'effectuer un suivi serré de l'état de santé de M. Lacaille alors qu'il était encore vivant...

On nous dira que c'est un cas isolé, une « situation exceptionnelle » comme l'a prétendu en mars dernier la ministre responsable de l'Outaouais, Stéphanie Vallée, après le dépôt d'un autre troublant rapport du coroner sur le décès de Pierre Vittecoq à l'hôpital de Hull.

Elle dit peut-être vrai. Il reste que les cas isolés s'accumulent. Nous sommes rendus à plusieurs rapports de coroner qui parlent de morts évitables dans les hôpitaux de l'Outaouais.

Les décès tragiques de De Sale Gauthier, Pierre Vittecoq, Bernard Prégent et compagnie ont fait la manchette ces derniers mois, soulevant des questions sur la qualité des soins prodigués dans les hôpitaux de l'Outaouais.

Combien de cas isolés faudra-t-il pour qu'on se décide à faire le point sur l'impact des compressions et de la pénurie de personnel sur la qualité des soins ?

À mesure que les décès tragiques s'accumulent, on se demande de plus en plus si c'est vraiment le patient qui est au centre de cette grande réforme du système de la santé orchestrée par le ministre Gaétan Barrette.




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