La seconde vie de Laura

Laura Couillard, aujourd'hui âgée de 14 ans, a... (Courtoisie)

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Laura Couillard, aujourd'hui âgée de 14 ans, a partagé son expérience devant une centaine de personnes réunies à l'auditorium du Cégep de l'Outaouais, mercredi soir dernier.

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CHRONIQUE / Laura Couillard avait à peine 9 ans quand elle a confié son lourd secret à sa mère. « Grand-papa me force à faire le sexe. »

La confidence a eu lieu à l'heure du coucher, à la fin d'une journée en famille particulièrement... heureuse. D'ailleurs, ce fut le déclencheur. Laura aurait dû être souriante, mais elle avait l'air si triste, si accablée.

«Dis-moi, ma chérie, qu'est-ce qui ne va pas ?»

C'est là que tout est sorti, que la petite fille au coeur gros a tout raconté à sa mère. Que ce n'était pas arrivé une fois ou deux. Que ça faisait un an et demi que le mari de sa grand-mère abusait d'elle sexuellement alors qu'elle se faisait garder chez eux avec son petit frère et sa petite soeur.

« Au début, je ne comprenais pas pourquoi mon grand-père me montrait son pénis. Ça ne s'est pas arrêté là. Il m'a demandé de le toucher, il m'a touchée aussi », raconte Laura, aujourd'hui âgée de 14 ans, avec un aplomb et une sérénité remarquable pour son âge.

C'est loin d'être toujours le cas, mais sa mère, Linda Marcoux, a cru sa fille immédiatement. Tout en réalisant avec horreur que son monde s'effondrait. Même chose pour le père, Steeven Couillard, qui a dénoncé aux autorités le mari de sa mère, un homme qu'il considérait comme son propre père.

Comme c'est souvent le cas, les événements ont provoqué une douloureuse scission parmi la famille. Steeven en est venu à renier sa propre mère qui continuait à prendre le parti de son mari, même si celui-ci devait être reconnu coupable de ses gestes, après cinq années de procédures judiciaires.

Laura a toujours refusé de baisser les bras devant son agresseur. Non contente d'avoir fait condamner son grand-père à deux ans de prison, elle a insisté auprès du juge pour que soit levé l'interdit de publication qui empêchait de dévoiler son nom et celui de son agresseur.

Laura souhaitait pouvoir parler librement des gestes que son grand-père lui avait faits, tout en prévenant le grand public que Félix Diotte, le mari de sa grand-mère, pouvait faire d'autres victimes.

« En cela, Laura est une pionnière, relate avec admiration Simon Drolet, directeur du Centre d'intervention en abus sexuel pour la famille (CIASF) de Gatineau. «Une si jeune fille qui décide, par elle-même, de lever l'embargo judiciaire pour parler librement des abus sexuels dont elle a été victime, c'est à mon sens du jamais vu au Québec. Ça demande un grand courage et ce n'est pas donné à tout le monde de le faire.»

C'est à l'invitation de M. Drolet que Laura et ses parents ont fait le voyage de leur Beauce natale jusqu'à Gatineau, mercredi dernier. Pendant plus d'une heure, ils ont partagé leur expérience devant une centaine de personnes réunies à l'auditorium du Cégep de l'Outaouais.

Dans le cas de Laura, c'était une première sortie devant public depuis son apparition à l'émission JE, l'an dernier. Elle s'est donné comme mission d'inciter les victimes d'agressions sexuelles à se dévoiler davantage. Seulement 10 % des agressions sexuelles sur des enfants seraient rapportées aux autorités.

«Mon message, dit Laura, c'est que les victimes n'ont pas à être victimes toute leur vie. Il faut briser le silence, sinon, il vous détruira. C'est à l'agresseur de porter ses torts, pas à vous.»

Laura affirme qu'elle est guérie. «Je ne me considère pas une victime, mais une fille comme les autres. Je me sens comme si ces événements s'étaient produits dans une autre vie. On n'oublie pas, mais on peut cesser de souffrir.»

En entrevue avec Le Droit, Laura y va d'une confidence surprenante. Elle songe à revoir son agresseur, en prison depuis un an. «Je voudrais comprendre. Pourquoi a-t-il menti du début à la fin en sachant que ça briserait la famille ? Il est parti, les menottes aux poings, en disant qu'il n'avait rien fait. Alors que ç'aurait été tellement simple d'avouer.»




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