Ce n'est pas que du matériel

Madeleine Bastien aborde sa corvée de nettoyage une... (Martin Roy, Le Droit)

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Madeleine Bastien aborde sa corvée de nettoyage une étape à la fois : « après avoir travaillé 18 heures par jour pour sauver ma maison, j'ai décidé de prendre mon temps », explique-t-elle.

Martin Roy, Le Droit

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Crue historique en Outaouais
Crue historique en Outaouais

Tout sur la crue historique de 2017 »

CHRONIQUE / À moins de l'avoir déjà vécu, rien ne vous prépare jamais totalement au spectacle de votre foyer saccagé par une inondation...

Marie-Ève Bercier s'attendait pourtant au pire en réintégrant, dimanche, son condo situé au sous-sol d'un immeuble de la rue Saint-Louis. Mais elle a quand même eu un choc en contemplant la dévastation qui régnait dans le logement où elle habite depuis sept ans.

Les 16 propriétaires de son bloc ont dû se résoudre à évacuer l'immeuble alors que les digues cédaient une à une. En une nuit, l'eau a fait des dommages considérables. Les quatre condos du sous-sol, dont celui de Marie-Ève, y ont goûté pas à peu près...

«J'avais beau m'attendre au pire, il a fallu que j'y aille petit peu par petit peu en rentrant dans le logement... En voyant les planchers détruits, j'ai mis un moment à réaliser ce qui m'arrivait», a raconté cette étudiante en droit notarial rencontrée lundi matin à Pointe-Gatineau.

«On a de la chance parce que notre immeuble est couvert par une assurance privée, poursuit Marie-Ève. Mais il reste qu'un logement, ce n'est pas que de l'argent ou du matériel. C'est notre chez-soi, notre sécurité, notre intimité aussi. Alors c'est dur de perdre la bataille contre les eaux. On se sent tellement impuissants !»

Tout autour de nous, Pointe-Gatineau avait des allures de bidonville. Les parterres et les rues étaient encombrés de débris de construction, de meubles et d'objets de toutes sortes que les sinistrés ont sortis de leur sous-sol durant le week-end.

Pas loin de chez Marie-Eve, Madeleine Bastien s'affairait à organiser la grande opération de nettoyage de sa propriété dont le sous-sol a été totalement inondé. Un défi d'organisation que la plupart des sinistrés doivent relever alors qu'ils luttent contre l'épuisement et n'ont pas nécessairement le temps d'aller fouiller sur Internet à la recherche des choses à faire.

Madeleine, elle, a décidé de se ménager pour franchir le dernier droit. «Après avoir travaillé 18 heures par jour pour sauver ma maison, j'ai décidé de prendre mon temps. De prendre ça une chose à la fois. Il faut que je mange bien, que je dorme au moins 8 heures par jour.

Les choses importantes d'abord, quoi !

Pour le reste, elle s'organise. Elle note les choses à faire dans un petit cahier : appeler l'Hydro, appeler Gazifère, appeler la banque, louer un conteneur... Elle s'est fait un chiffrier Excel pour noter toutes ses dépenses. Ça lui sera utile au moment des réclamations.

«Moi, j'ai de la chance, j'ai du talent pour l'organisation, dit-elle. Mon père était project manager. Ma mère a élevé huit enfants. Tous les enfants sont des gestionnaires de projets dans différents domaines. Alors je me dis que j'ai une chose à faire : garder la tête froide et y aller une étape à la fois...»

Plus loin sur Jacques-Cartier, Stéphane Charette était en train de charger des déchets dans un gros conteneur. Propriétaire d'une entreprise de construction de Wakefield, Bala Structure, il était venu aider bénévolement le père d'un de ses amis à vider sa maison inondée.

«Le propriétaire venait tout juste de rénover, dit-il en secouant la tête. Il avait fini son plancher avant les Fêtes. Sa cuisine neuve, ses appareils électroménagers neufs... tout est fini ! Et non, il n'avait pas d'assurance.»

Plus loin, Marcel Gravel contemplait le gros tas de déchets que des proches avaient sortis du sous-sol de son beau-frère durant le week-end.

«Comment il va ? Il est déprimé au bout, dit-il. Lui qui fait attention à ses affaires en plus ! On essaie de lui remonter le moral, de lui faire réaliser que tout ça, ce n'est que du matériel...»

Mais bon, Marcel admet que ces bons mots ne réconfortent son beau-frère qu'à moitié. Peut-être parce que, comme le dit si bien Marie-Ève, c'est d'abord leur intimité que l'eau a envahie ces dernières semaines.




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