Le Russe errant de Gatineau

Robert Paradis, philosophe itinérant et esprit libre.... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Robert Paradis, philosophe itinérant et esprit libre.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE / C'est un curieux hasard, mais j'ai interviewé un itinérant de Gatineau juste avant les inondations. Un gars qui choisit délibérément, depuis 20 ans, de vivre sans domicile fixe... alors que des centaines de sinistrés pleurent ces jours-ci la perte de leur foyer.

Robert Paradis, 62 ans, a l'air du père Noël avec sa bouille joufflue et sa barbe blanche. Il se présente comme un philosophe itinérant, un esprit libre. Il s'exprime d'ailleurs comme un érudit, à des années-lumière de l'image qu'on se fait parfois de l'itinérant désamparé et hagard.

Comme souvent, c'est un drame personnel qui est à la source de sa vie d'errance. Il travaillait dans le domaine aéronautique quand il a été impliqué dans un écrasement d'avion en République démocratique du Congo. La même semaine, sa femme et sa fille mourraient dans un accident de voiture au Canada.

Il ne s'est jamais remis de ce choc épouvantable survenu en 1997.

«Après, les biens matériels ne comptaient plus. J'ai vendu tout ce que j'avais à un prix dérisoire, y compris une maison que j'avais en Alberta. Je me suis acheté une Honda 1000, modèle 1978. Et je suis parti. J'ai fait le Canada, les États-Unis. Juste pour rouler. J'offrais mes services à des fermiers, à des restaurateurs. Je couchais deux ou trois nuits sur la moto, puis je me payais une nuitée dans une auberge de jeunesse. Au début, oui, c'était une fuite...»

Après, l'itinérance est devenue son mode de vie. Vingt ans qu'il vit en bohème, par choix, en ne restant jamais plus de deux ans au même endroit. Il se déplace, souvent à pied, d'un bout à l'autre du continent avec comme tout bagage un petit sac suisse où il range ses maigres biens.

Quand il n'en peut plus des regards réprobateurs ou, pire, de l'indifférence des gens face aux itinérants, il disparaît camper dans les bois. Il a passé un hiver dans un camp de fortune, à dormir sur un matelas fait de branches de pin. Le meilleur lit qu'il ait jamais eu, assure-t-il. «Quand il faisait trop froid, je me creusais un trou et je me réchauffais avec une chandelle.»

Quand il a besoin de renouer avec la société et de se «sentir humain», il revient en ville. Pas pour vivre dans la rue. Au contraire, il se cherche un studio situé près d'une bibliothèque, qui devient alors sa «seconde maison». Il peut s'y réfugier pour lire et utiliser un ordinateur. C'est ce qu'il a fait en arrivant à Gatineau.

Comme souvent avec les itinérants, les questions les plus simples provoquent les réponses les plus inattendues.

Quand je lui ai demandé d'où il venait, Robert m'a répondu qu'il était né à Moscou, que son vrai nom est Iouri Vladimir. Il dit que ses parents ont fui l'ancien régime soviétique pour immigrer au Canada. «Puis mes parents naturels ont disparu et j'ai été adopté par deux Québécois pure laine.»

Je l'ai rencontré au Gîte Ami, là où il a séjourné brièvement après l'incendie de son logement à Gatineau. C'est là qu'il m'a montré les peintures d'oiseaux et d'animaux qu'il exposera samedi soir, lors du troisième show du Gîte Ami, à l'auditorium du Cégep de l'Outaouais. 

Ses tableaux sont plutôt réussis considérant qu'il les a peints avec de la peinture bon marché du Dollarama. D'ailleurs, on me dit que la directrice du Gîte Ami, de même qu'une députée locale, ont fait l'acquisition de plusieurs de ses oeuvres.

Voilà maintenant presque deux ans que Iouri alias Robert vit à Gatineau. Et le Russe errant est sur le point de repartir. Je lui ai demandé s'il envisageait, un jour, de se fixer, de reprendre une vie plus normale. De préférence dans un logement situé ailleurs qu'en zone inondable...

«Si je me trouve une blonde, alors oui, peut-être. Mais, prévient-il, elle devra tolérer que ce soit moi qui décide comment ça marche dans la cuisine!»

Avis aux dames...




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