Sur la planète des sinistrés

La conseillère municipale Sylvie Goneau fait partie des... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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La conseillère municipale Sylvie Goneau fait partie des sinistrés, elle qui a évacué sa maison dimanche dernier.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE / Comme bien d'autres qui ont reçu le communiqué de Sylvie Goneau mercredi matin, je me suis demandé sur quelle planète vivait la candidate à la mairie de Gatineau.

Dans son communiqué portant l'en-tête de la Ville de Gatineau, Mme Goneau annonçait la création d'un « centre de coordination » dans le secteur Hurtubise, à l'angle des rues Watt et de Versailles.

Or il faut savoir qu'à cette intersection précise, il y a déjà un poste de commandement des pompiers, un blindé léger de l'armée canadienne et tout son équipage, une tente avec des beignes et du café, sans compter une équipe de cols bleus et un autobus de la STO stationné en permanence...

Alors pourquoi diable y ajouter un... centre de coordination ?

C'est que maintenant qu'elle a perdu sa maison du boulevard Hurtubise (Mme Goneau l'a évacuée dimanche après avoir tout fait pour la sauver des eaux), elle a le temps de s'occuper de mettre en place ce qu'elle réclame depuis le début des inondations : une navette pour les sinistrés qui veulent rester chez eux, et qui servira à leur apporter des repas, du répit, des bénévoles, etc.

Une chose que la Ville de Gatineau n'a jamais mise en place parce qu'elle ne voulait pas encourager les sinistrés à rester chez eux. Quant au logo de la Ville de Gatineau sur le communiqué, c'était une bête erreur. Mais ça a ajouté à la confusion générale !

Depuis le début des inondations, Mme Goneau se fait accuser de faire de la politique sur le dos de la crise. La conseillère municipale ne s'est pas gênée pour critiquer la gestion du sinistre par le maire Maxime Pedneaud-Jobin. Elle lui reproche son retard à faire appel à l'armée, l'absence d'un numéro de téléphone dédié aux sinistrés et bien d'autres choses.

Or Mme Goneau se défend bien de faire de la politique. Simplement, m'a-t-elle expliqué, elle vit la crise de l'intérieur en tant que sinistrée. Elle estime que c'était son rôle d'élue de relayer les doléances des citoyens frappés comme elle par la tragédie.

Maintenant, ce n'est pas grand-chose, son « centre de coordination » : une tente blanche plantée sur un parterre, avec une table, des chaises, des talkies-walkies et des bénévoles. Tiens, mercredi, tout ce beau monde tentait d'organiser le voyage des sinistrés jusqu'à la séance d'information du soir sur le programme de dédommagement du gouvernement...

Après l'entrevue, Mme Goneau m'a fait faire le tour du boulevard Hurtubise dans son bateau. La dévastation. Un paysage de mort. Juste le clapotis de l'eau, les maisons et les voitures engloutis, et de temps en temps, un voisin qui nous salue de son perron. Surréaliste.

Mme Goneau a dû se retenir pour ne pas pleurer en passant devant sa maison, qui est plus basse que les autres, et qui est submergée jusqu'à mi-rez-de-chaussée. La maison de son enfance, la maison qu'elle a rachetée à son père... probablement une perte totale.

Et vous savez quoi ? Mme Goneau n'abandonne pas la course à la mairie, malgré son malheur. Parce qu'elle n'est pas satisfaite de la gestion du maire. Elle dit que le rôle d'un maire, c'est d'écouter les citoyens et de chercher à répondre à leurs besoins. Et Pedneaud-Jobin n'a pas été à la hauteur, selon elle. 

« Quand je réclamais une navette pour les sinistrés, l'intervention de l'armée et une plus grande surveillance policière, il me répondait qu'on n'en était pas là. Pourtant, ça aurait pu faire une différence, on aurait pu sauver plus de maisons », en rage encore Mme Goneau.

Alors je me demandais sur quelle planète vivait Mme Goneau quand j'ai lu son communiqué de mercredi matin. Après la virée en bateau, j'ai compris. Les sinistrés vivent dans une bulle depuis des semaines, une bulle qui n'a rien à voir avec le monde réel.

C'est comme lorsque tu vis la mort d'un proche. Ton monde s'arrête de tourner d'un coup, et tu voudrais que le monde des autres aussi s'arrête, juste une minute, pour te donner le temps de réaliser ce qui t'arrive. Mais ce n'est pas comme ça que les choses se passent dans la réalité.




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