Trop, c'est comme pas assez

« Est-ce qu'ils vont revenir les enlever, ces sacs-là ? »,... (Martin Roy, archives Le Droit)

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« Est-ce qu'ils vont revenir les enlever, ces sacs-là ? », s'inquiète Robert.

Martin Roy, archives Le Droit

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CHRONIQUE / C'est si beau, ces élans de générosité envers les victimes des inondations. Mais ça peut aussi devenir, comment dire ? Un rien envahissant ?

Parlez-en à Robert et Colette (noms fictifs) qui ont vu une armée de bénévoles enthousiastes sonner à la porte de leur demeure inondée du secteur Aylmer, en fin de semaine, pour leur offrir de l'aide.

Or de l'aide, Robert n'était pas sûr d'en vouloir. Bien sûr qu'il est inquiet. La rivière a envahi la moitié de son terrain et rempli la majeure partie de son vide sanitaire.

Et puis après ?

Après avoir combattu les fameuses inondations de 1974 avec une pompe et des digues de sable, Robert n'avait tout simplement pas envie de revivre le même stress qu'à l'époque. « Ce coup-ci, je m'étais dit : je ne fais rien. Et tant pis si j'ai de l'eau. »

Sa résolution de demeurer zen face à la nature en furie n'a pas tenu longtemps.

Dimanche dernier, une jeune inconnue débarque chez lui. Elle est polie... et convaincante. Il y a pénurie de sacs de sable en ville, lui dit-elle. Mais moi, j'ai accès à quantité de sacs.

Bref, elle lui offre de débarquer avec son attirail et de lui ériger une digue pour empêcher l'eau d'envahir son vide sanitaire. Le premier réflexe de Robert a été de répondre : je n'ai besoin de rien. Mais allez dire non à une jeune fille qui vous offre aussi généreusement son aide. Alors il a dit : okay, venez-vous-en.

Et ils sont venus, une gang de jeunes, avec leurs pelles et leurs grosses bottes. En un tournemain, ils ont érigé une digue sur le côté de son ancien chalet.

Après, ils ont insisté pour que Robert soit sur la photo d'équipe. Parce qu'évidemment, il fallait publier une photo sur les médias sociaux pour immortaliser cet immense élan de générosité !

Après leur départ, Robert et Colette ont repris leur train-train quotidien en se disant que cette journée prenait une curieuse tournure. Et ce n'était pas fini...

Une heure plus tard, un second groupe d'inconnus arrivent dans le secteur. Les voisins, qui se demandent d'où provient ce branle-bas, commencent à mettre le nez dehors. En un rien de temps, il y a foule dans la rue. Et ça remplit des sacs de sable, toi, dans la bonne humeur et l'enthousiasme.

Ça sonne de nouveau chez Robert et Colette. Cette fois, une jeune fille anglophone leur propose d'ériger une digue dans le jardin derrière la maison. Robert a envie de dire non... mais la jeune fille est aussi persuasive que la première : « Qu'est-ce qu'on fera de tous ces sacs si personne n'en veut ? »

Alors ils lui ont érigé un deuxième muret. Un muret qui ne servira à rien. Jamais l'eau ne se rendra jusque là ! D'ailleurs, Robert s'inquiète : « Est-ce qu'ils vont revenir les enlever, ces sacs-là ? Parce que c'est lourd en ta... »

Plus tard dans la même journée, un monsieur est arrivé avec une grosse pompe. « Pas sûr que j'ai besoin d'une pompe », a tenté Robert... avant de céder à nouveau. Le gars s'était donné un mal fou pour la transporter jusque chez lui. Depuis, le gars revient plusieurs fois par jour pour s'assurer que sa pompe fonctionne bien...

Des dames du quartier ont aussi sonné chez Robert et Colette. Trop âgées pour remplir des sacs de sable, elles ont cuisiné des gâteaux pour les sinistrés. Le réfrigérateur en est rempli. Une véritable torture pour Robert qui est diabétique. « J'ai ici une tarte aux pommes, m'a-t-il dit, d'une épaisseur comme je n'en ai jamais vu. En veux-tu un morceau ?

Juste préciser que ni Robert ni Colette n'ont téléphoné au Droit pour se plaindre de quoi que ce soit. C'est moi qui ai sonné à leur porte après qu'un membre du voisinage m'ait raconté les épisodes de dimanche.

On a beaucoup salué la générosité des Gatinois à l'endroit des sinistrés, et avec raison. Mais ce n'est pas pour rien que la Ville de Gatineau a hésité avant de lancer un appel à tous. Aussi bien intentionnés soient-ils, les élans de générosité populaires sont parfois difficiles à canaliser.

«Les gens qui nous offerts leur aide n'ont pas été désagréables, loin de là», a insisté Robert.

Désagréables ? Non. Juste un peu envahissants, peut-être ?




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