Entre espoir et désespoir

Quelque 150 bénévoles ont mis la main à... (Martin Roy, Le Droit)

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Quelque 150 bénévoles ont mis la main à la pâte, lundi, pour remplir des sacs de sable dans le secteur du Ruisseau, à Masson-Angers. Parmi eux, plusieurs fonctionnaires fédéraux en congé forcé venus donner un coup de main aux sinistrés.

Martin Roy, Le Droit

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CHRONIQUE / Le camion s'est arrêté au bout du chemin du Quai à Masson-Angers, tout près de la zone inondée. Le conducteur a passé la tête par la fenêtre en reconnaissant le monsieur avec qui je parlais.

- Mais c'est Laurent ! Comment ça se passe chez vous, Laurent ?

L'entrepreneur en construction Laurent Labrie fait partie des inondés du chemin du Fer-à-Cheval, un des quartiers les plus touchés par la crue printanière à Gatineau. Avant de répondre au monsieur, M. Labrie a feint de réfléchir avant de répondre, pince-sans-rire : « Dis-moi juste pas allo (à l'eau) ».

Alors voilà, quand un sinistré trouve encore le moyen de faire des blagues sur sa pénible situation, c'est généralement parce qu'il n'a pas encore perdu la bataille contre la crue printanière.

Dans le cas de M. Labrie, la maison qu'il s'est fait construire, il y a une quinzaine d'années, tient le coup devant la puissance dévastatrice de la crue. Alors que les fondations plus anciennes de certains voisins s'effondrent sous le poids de l'eau, la sienne résiste.

« Je me rappelle qu'à l'époque où je me suis fait construire, j'avais sursauté en voyant l'estimation des coûts de la fondation. C'était autour de 40 000 $. J'avais dit au gars : es-tu tombé sur la tête ? Mais aujourd'hui, je ne peux que lui en être reconnaissant », racontait-il lundi.

Alors que certains gardent bon espoir de tenir tête aux éléments, d'autres ne peuvent que constater les dégâts. C'est le cas de Jonathan Bélanger, qui n'avait pas le coeur à rire quand je l'ai rencontré au bout du chemin du Quai. Il était venu, avec des amis, récupérer des meubles et des outils sur la propriété où il a grandi, sur le chemin du Fer-à-Cheval.

Le coeur gros, son père a dû se résoudre à évacuer la maison familiale. Non sans avoir tout essayé pour empêcher l'eau d'envahir le sous-sol. « On avait installé une dizaine de pompes. Mais il n'y avait rien à faire. L'eau a monté, monté... »

Pour la famille de Jonathan Bélanger, cette crue printanière a des allures de tragédie familiale. « Ça fait 25 ans qu'on est dans le coin, a-t-il poursuivi, le regard absent. Mon grand-père possède quatre maisons sur le chemin. Les quatre ont été évacuées. Deux fondations se sont affaissées sous le poids de l'eau. Mon grand-père dit que ce qu'on vit présentement, c'est pire que l'inondation de 1974... »

Il faudra attendre encore quelques jours, voire quelques semaines, avant de mesurer l'ampleur des dégâts sur le chemin du Fer-à-Cheval. Mais il faudra voir combien parmi les vieilles maisons construites dans les années 1960-1970 auront résisté à la puissance de la crue. Pas beaucoup, sans doute. Le stress ne fait que commencer pour les propriétaires qui, faute d'assurances, devront se tourner vers l'aide gouvernementale pour se faire compenser.

Entre les sinistrés qui vivent d'espoir et ceux qui pleurent leurs biens perdus, il y a ceux qui ont le sentiment de l'avoir échappé belle.

Raymond Gagnon, un retraité de 71 ans, a vendu sa propriété du chemin du Fer-à-Cheval, il y a quelques années. Il se félicitait de sa décision, lundi matin, en observant les va-et-vient des sinistrés sur le chemin du Quai.

« J'ai acheté la première maison là-bas, juste derrière le garage de M. Bourbonnais. C'était en 1975, l'année qui a suivi les fameuses inondations de 1974. J'avais acheté sans crainte en me disant qu'une crue pareille ne se reproduirait pas avant un bon trente ans ! Je n'avais pas payé cher, quelque chose comme 27 000 $. Je l'ai revendue pour 175 000 $ en 2003 à un type qui l'a revendue l'année suivante pour 250 000 $... Aujourd'hui, elle ne doit plus valoir très cher ! »




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