En pagayant sous la pluie

Rayond Ménard observe une maison protégée par une... (Etienne Ranger, Le Droit)

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Rayond Ménard observe une maison protégée par une spectaculaire digue de terre érigée gratuitement par un voisin qui travaille dans le domaine de la construction.

Etienne Ranger, Le Droit

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CHRONIQUE / La grosse différence par rapport aux jours précédents, c'est qu'il y avait moins de « voyeux » près des zones inondées à Gatineau.

Depuis le début de la crue printanière, des dizaines de curieux viennent se repaître du spectacle des sinistrés, gênant parfois le travail des autorités.

Mais vendredi matin, la pluie froide et transperçante qui tombait sur l'Outaouais a eu au moins ça de bon : les badauds sont restés chez eux.

Il y avait quand même pas mal d'action sur la rue de Versailles, là où les pompiers ont installé leur gros camion de commandement pour gérer les sinistrés de la rue Hurtubise.

Au cours de la nuit précédente, l'eau avait monté tout près du poste de commandement pour atteindre la propriété de Raymond Ménard. Son terrain est devenu d'office la nouvelle marina du secteur. « Bienvenue à la marina Ménard », rigolait d'ailleurs celui-ci en désignant les embarcations stationnées sur son parterre par des sinistrés partis faire des commissions en ville.

Justement, Suzanne Gendreau, 53 ans, revenait de faire des courses. Elle s'apprêtait à repartir en kayak jusqu'à sa résidence inondée, à quelques centaines de mètres de là. Vous tenez le coup, Mme Gendreau ? Elle m'a lancé un regard en coin sous le capuchon de son imperméable : « C'est rendu que je ris tout seul. C'est dire que je commence à être fatiguée pas à peu près... »

En plus de sa propre résidence, Mme Gendreau s'occupe de la maison voisine, habitée par ses parents septuagénaires. Jusqu'à maintenant, son sous-sol est demeuré à peu près sec. Par mesure de précaution, elle a déménagé ses affaires sur le balcon à l'abri de la crue des eaux... mais à portée de main des voleurs !

C'est d'ailleurs la grande crainte de plusieurs habitants de la rue Hurtubise : se faire dérober leurs avoirs si jamais les autorités les forçaient à évacuer. « Le problème avec les voleurs, c'est qu'ils arrivent des deux bords, du côté de la rivière et du côté de la terre ferme », explique Raymond Ménard.

En soupirant, Mme Gendreau a empoigné ses pagaies, tout en mettant son kayak à l'eau. Non, elle n'a rien à dire contre l'aide fournie jusqu'ici par la Ville de Gatineau. Sauf que... « Je me rappelle, quand j'avais 11 et 14 ans, et qu'il y a eu des inondations, la Ville en faisait un peu plus. Un gros camion faisait la navette. On venait chercher les gens et on les ramenait. Aujourd'hui, on doit se débrouiller par nous-mêmes. Qu'est-ce qui arrive si je tombe à l'eau ? »

Elle est repartie, en pagayant lentement sous la pluie.

Avec surprise, j'ai constaté que la résidence voisine de Raymond Ménard était ceinturée non par des sacs de sable comme on en voit partout, mais par une spectaculaire digue de terre de plusieurs pieds de haut. M. Ménard m'a expliqué que c'est un voisin qui travaille dans le domaine de la construction, Claude Proulx, qui a érigé la digue... tout à fait gratuitement, pour aider un voisin qu'il connaît à peine.

On a retrouvé Claude Proulx alors qu'il fermait le clapet de son sous-sol. Il était gêné de voir un journaliste s'intéresser à son geste. « Bah !, il faut bien s'entraider ! J'ai demandé à un gars que je connais, à Aylmer, de me livrer huit à dix voyages de terre. Il m'a dit : d'accord, à condition que tu payes la caisse de bières ! Je ne la lui ai pas encore payée, mais ça viendra ! »

Au poste de commandement des pompiers, Gilles Cardinal était fort occupé à coordonner les opérations de secours. 

« Pour l'instant, on revisite l'ensemble des résidences afin de s'assurer que tout le monde est correct. On les avertit que l'eau va continuer à monter et que plus ils tarderont à évacuer, pire ce sera. Pour l'instant, la majorité des gens demeurent sur place. »

Comme je ressortais, j'ai vu trois pompiers mettre une chaloupe à l'eau. Un monsieur les regardait faire, les bottes enfoncées dans deux pieds d'eau. Louis Talbot se rendait à la maison de sa soeur de 81 ans, évacuée plus tôt cette semaine. Il allait vérifier si les pompes fonctionnaient. « J'ai demandé aux pompiers de me donner une ride. Ils ont accepté. »

Trois pompiers sont montés avec lui dans la chaloupe. L'un d'eux a empoigné les rames et l'embarcation s'est éloignée en silence sur la rue inondée.




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