De l'eau et de la bière

Le Pontiac est aussi aux prises avec des... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Le Pontiac est aussi aux prises avec des inondations. Les résidents résistent du mieux qu'ils le peuvent.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE / Premier constat : la lutte aux inondations dans le Pontiac, ce n'est pas du tout la même chose qu'en ville.

Ce n'est pas comme à Gatineau où les sinistrés n'ont qu'à venir se servir parmi les sacs de sable que les cols bleus remplissent pour eux.

Non, dans la petite municipalité de Pontiac, la ville dépose des tas de sable ici et là. Et ce sont les gens qui doivent remplir eux-mêmes leurs sacs. À la sueur de leur front !

Jeudi matin, je suis allé faire un tour dans le coin de la plage Charron, un des secteurs les plus touchés par la crue à Pontiac. Et c'était beau de voir les gens s'entraider. La plupart trouvaient le moyen de rire de la situation malgré la crue printanière qui menace d'inonder plusieurs demeures d'ici lundi.

Quand elle a su que j'étais journaliste, Manon Éthier m'a pris par le bras, elle m'a traîné vers la maison inondée que son gendre et sa bru ont achetée l'an dernier. Elle m'a débité leur histoire à toute vitesse. C'est fou, dit-elle, tout le stress que ça entraîne cette affaire-là.

« En attendant, on les a recueillis sur notre ferme, mon mari et moi. Mais c'est tellement triste ce qui leur arrive ! C'est un jeune couple qui débute dans la vie. C'était leur première maison, leur petit bijou. On fait tout ce qu'on peut pour le protéger, même si c'est parfois décourageant », raconte-t-elle.

Depuis trois jours, ils passent leurs soirées à remplir des centaines de sac de sable afin de protéger la maison du jeune couple. Une tâche épuisante qu'ils font à quatre, sans la moindre garantie que la barricade de sable suffira à contenir les eaux. « Au moins, on aura fait tout ce qu'on a pu !, soupire Manon.

Un peu plus loin, des riverains étaient justement en train de remplir des sacs de sable. Marc Brosseau était venu pour aider la «fille de la blonde du chum de son beau-frère». Il avait même apporté une pompe pour la dépanner. Quand je l'ai croisé, il repartait en catastrophe chez lui, à Alcove.

«Ma femme vient d'appeler pour me dire qu'ils ont ouvert le barrage de Paugan Falls, à Low. Maintenant, c'est moi qui risque de me faire inonder ! Tu sais le plus drôle ? J'habite sur le chemin... River. Alors j'y retourne. Et je ramène ma pompe. Au cas où j'en aurais besoin !»

Je venais à peine de lui souhaiter bonne chance que j'aperçois une Toyota qui roule à toute allure dans la rivière, en faisant jaillir des trombes d'eau. Elle est suivie de près par un quad. Après avoir stationné la voiture de biais sur un terrain épargné par la crue, Robert Renaud, 75 ans, s'est extirpé de l'habitacle, un sourire aux lèvres.

Le moral est bon, monsieur Renaud ?

«Bien sûr que oui. Tout le monde s'entraide, on s'organise. Pour les plus jeunes, j'imagine que c'est dur pour le moral. Moi, à mon âge, j'en ai vu d'autres !»

Sur le quatre roues, Gilles Saint-Onge tenait le même discours. Lui aussi est paré pour le pire. Ne lui parlez pas d'abandonner son chalet. Les autorités auront beau déclarer les mesures d'urgence, il n'abandonnera sa demeure pour rien au monde. «Je reste. J'ai un canot, un kayak, un catamaran, une planche à voile et une chaloupe. Alors je devrais être correct», dit-il, hilare.

M. Renaud s'est tourné vers une dame qui approchait, revêtu d'un imperméable jaune. «Tiens, voilà la mairesse», a-t-il rigolé.

La dame a balayé l'air de la main. «Arrête de m'appeler la mairesse, le journaliste va écrire ça dans son journal...»

Je me suis rebuffé : «Moi, madame ? Jamais je n'écrirais une chose pareille.

D'après ce que j'ai compris, Josée Quan se fait appeler la «mairesse» parce que c'est un peu l'animatrice sociale du secteur. Après la première vague d'inondations, alors que tout le monde se croyait tiré d'affaire, elle a organisé un party cabane à sucre qui s'est prolongé très tard. Le voisinage a déchanté quand la deuxième crue a de nouveau tout inondé.

Et vous, Mme Quan ? Vous partirez si les autorités l'ordonnent ? Elle a ri. «Nous, tant qu'il n'y a pas d'eau sur le plancher, que la génératrice fonctionne et qu'il y a de la bière dans le fridge, on ne va nulle part...»




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