La crise vécue de l'intérieur

Il y a longtemps qu'on n'a pas vu... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Il y a longtemps qu'on n'a pas vu autant d'eau dans le secteur de Pointe-Gatineau, pourtant une zone inondable depuis toujours.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE / La crue des eaux a pris de l'ampleur à Gatineau. Notre chroniqueur Patrick Duquette a suivi le maire Maxime Pedneaud-Jobin sur le terrain, puis au quartier général des services d'urgence. Une incursion à l'intérieur même de la crise.

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a tout de suite constaté que l'eau avait encore monté, mercredi matin, sur la rue Saint-Louis, l'un des secteurs les plus touchés par la crue de la rivière à Gatineau.

Depuis lundi, une voiture grise abandonnée à l'angle de la rue René sert de jauge pour mesurer la montée des eaux. Or le véhicule, dont on voyait encore les phares la veille, était presque complètement submergé.

Il y a longtemps qu'on n'a pas vu autant d'eau dans le secteur de Pointe-Gatineau, pourtant une zone inondable depuis toujours.

« Je vous le dis, monsieur le maire, je n'ai pas vu une telle crue depuis 1974 », a lancé un vieux résident en apercevant Maxime Pedneaud-Jobin sur le trottoir.

Juste devant la petite voiture grise, l'ex-centre communautaire Saint-Jean-de-Brébeuf luttait de toute la force de ses puissantes pompes pour ne pas se faire engloutir. Un combat qui semblait bien inégal face à la crue inexorable des eaux.

« Quel dommage ! a confié une riveraine au maire. Dire que la communauté religieuse a investi un bon montant d'argent pour le transformer en église ! »

Des pompiers rencontrés sur place ont eu vite fait de résumer la situation au maire. « C'est pas compliqué, monsieur le maire. L'eau entre maintenant plus vite que ce que les pompes sont capables évacuer. » 

Justement, les pompiers s'apprêtaient à évacuer des gens sur la rue Saint-Louis. Le maire et moi sommes embarqués dans une chaloupe. Revêtus de grosses combinaisons étanches, les pompiers sont restés dans l'eau pour pousser notre embarcation jusqu'à une petite maison.

Sur le balcon, qui avait maintenant l'allure d'un quai, deux personnes âgées nous attendaient. La dame s'inquiétait pour son chat qu'elle avait échappé en attendant les pompiers. Apeuré par le bruit assourdissant des pompes, le minou s'était enfui.

Les pompiers ont fait preuve d'une gentillesse exemplaire, eux qui avaient pourtant fait le quart de nuit et qui étaient encore là à midi. Ils ont cherché le chat. La bête demeurant introuvable, ils se sont occupés de laisser un plat de nourriture sur les indications de la dame.

Dans la barque, le monsieur semblait faire contre mauvaise fortune, bon coeur. « J'ai toujours habité Pointe-Gatineau, a-t-il expliqué au maire. Les inondations, je connais. Quand j'étais petit, on en profitait pour partir à la campagne une semaine. Nos enfants se faisaient une joie des inondations. Ça voulait dire qu'ils allaient à l'école en bateau ! »

Ils vont aller habiter chez leur fille qui les attendait avec la cage du minou. Leur petite nièce a fondu en larmes en apprenant que le chat avait disparu.

Après sa tournée sur le terrain, le maire s'est rendu dans un vaste local de la caserne de pompiers du boulevard Saint-Rédempteur.

C'est la toute première fois que la Ville se sert de ce grand local aménagé il y a deux ans expressément pour servir de quartier général en cas de catastrophe.

C'est de là que la crise est gérée.

Deux équipes de 25 directeurs et directeurs adjoints s'y relaient, jour et nuit, pour faire régulièrement le point sur la crue des eaux.

Ils ont accès à des équipements informatiques dernier cri, un système de ventilation indépendant et une aire de repos.

À l'aide de logiciels perfectionnés, la Ville peut prévoir la progression de la crue en temps réel. 

En un coup d'oeil, elle peut identifier les hôpitaux, les écoles et les autres bâtiments stratégiques menacés par l'inondation.

Pendant une bonne demi-heure, la directrice générale, Marie-Hélène Lajoie, a dressé le portrait de la situation au maire afin qu'il puisse se préparer pour son point de presse quotidien.

L'objectif est de fournir le portrait le plus exact possible à la population, sans provoquer d'inquiétudes inutiles.

Mon impression ? La Ville a la situation bien en main. Mais les choses risquent de se corser si la crue des eaux se poursuit. Quand les eaux menaceront d'atteindre les panneaux électriques des résidences, il faudra couper le courant. Et, qui sait, déclarer des mesures d'urgence dans certains secteurs.

Le maire Pedneaud-Jobin a bien fait d'annuler sa participation aux assises annuelles de l'UMQ à Montréal, en fin de semaine (voir autre texte). 

ll devrait en avoir plein les bras avec les inondations.




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