Un pas en arrière pour l'humanité

Vester L. Flanagan s'était filmé sur Facebook Live... (PHOTO WDBJ7-TV/AFP)

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Vester L. Flanagan s'était filmé sur Facebook Live avant d'ouvrir le feu sur la journaliste Alison Parker qui interviewait Vicki Gardner, directrice de la chambre de commerce, ainsi que sur le caméraman Adam Ward, en août 2015.

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CHRONIQUE / Les médias sociaux devaient servir à connecter les gens entre eux pour le mieux. Ils sont en train d'offrir de nouvelles possibilités proprement terrifiantes aux psychopathes et criminels de tout acabit.

Depuis quelques mois, des vidéos montrant en direct des meurtres, des viols, des séances de torture et des suicides se multiplient sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook Live.

À tel point qu'une collaboratrice du quotidien anglais The Guardian a comparé Facebook Live à un colisée romain en ligne, où des meurtriers peuvent se livrer en spectacle pour le plaisir d'une foule aussi perverse que voyeuriste.

De tout temps, des criminels ont cherché à se mettre en scène, que ce soit pour assouvir une soif de célébrité ou de vengeance. Les médias sociaux leur facilitent la tâche en leur permettant de contourner le filtre des médias traditionnels.

L'aspect le plus troublant de l'affaire, c'est que dans notre civilisation prétendument moderne, il existe encore un large auditoire intéressé à visionner des atrocités en direct.

Plus tôt cette semaine, un père de Phuket, en Thaïlande, a pendu sa fillette de 11 mois devant la caméra avant de s'enlever la vie. La vidéo résultante est demeurée 24 heures en ligne. Avant d'être retirée par Facebook, elle a été visionnée près de... 400 000 fois !

Comme quoi la civilisation n'a peut-être pas évolué autant qu'on le pense depuis l'époque où on jetait des humains dans la fosse aux lions pour amuser le bon peuple.

Lancée en 2015, l'application Facebook Live devait changer le monde en permettant à chacun de partager en direct des moments heureux de son quotidien.

Deux ans plus tard, l'application a l'effet escompté, mais certainement pas dans le sens où ses créateurs l'imaginaient. 

Une atrocité en entraînant une autre, on semble avoir donné naissance à une bête féroce difficile, voire impossible, à contrôler.

Pas étonnant que Facebook se retrouve de plus en plus sur la sellette, d'autant plus que ses dirigeants refusent jusqu'à maintenant de regarder la réalité en face. 

À chaque nouvelle dérive, la compagnie se cache derrière sa politique interdisant toute image ou vidéo glorifiant la violence pour se dédouaner. Mais ce n'est pas une politique qui va arrêter un psychopathe ou un terroriste.

Facebook répète au public d'être vigilant en dénonçant toute vidéo violente repérée sur son réseau. Ça ne devrait pas l'exonérer pour autant de la responsabilité morale d'agir rapidement pour résoudre ce qui est en train de devenir un grave problème. Un problème qui risque de s'accroître avec les nouvelles technologies de réalité amplifiée que la compagnie souhaite commercialiser dans les prochaines années.

N'importe quelle compagnie normale aurait depuis longtemps retiré du marché un produit qui permet à des désaxés de diffuser librement leurs excès de violence et de cruauté. Mais voilà, Facebook est tout sauf une compagnie comme les autres. Le réseau social a réussi à se tailler une place si enviable dans nos vies que nous sommes désormais incapables d'imaginer notre existence sans lui.

Nous en sommes même à nous demander s'il faudrait obliger Facebook et les autres médias sociaux à mieux filtrer leurs contenus - au risque de leur donner encore plus de pouvoir et d'en faire les censeurs et les inquisiteurs de la nouvelle moralité virtuelle. Avec tous les risques de dérapages et d'abus que cela implique.

Sans doute vaut-il mieux rendre les médias sociaux davantage responsables légalement du contenu qui se retrouve sur leur réseau, notamment en les obligeant à retirer plus rapidement les contenus illicites.

Dans tous les cas, on peut se demander si les médias sociaux contribuent vraiment à l'avancement de la civilisation.

Un petit pas pour l'homme, un grand pas en arrière pour l'humanité ?




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