Côlonoscopies au rabais

Contrairement à l'Ontario, le Québec n'offre pas de... (Alain Roberge, archives La Presse)

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Contrairement à l'Ontario, le Québec n'offre pas de programme gouvernemental de dépistage du cancer colorectal. Mais ça s'en vient.

Alain Roberge, archives La Presse

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CHRONIQUE / Même si les délais d'attente se sont beaucoup améliorés en Outaouais, il faut parfois patienter quelques semaines, si ce n'est quelques mois avant de passer une côlonoscopie à l'hôpital. Un délai qui peut sembler interminable quand on craint d'avoir attrapé le cancer du côlon, une bibitte furtive et meurtrière qui s'installe le plus souvent dans votre intestin sans se faire remarquer.

À Ottawa, des cliniques privées ont flairé l'occasion. Certaines d'entre elles n'hésitent pas à offrir des côlonoscopies au rabais afin d'attirer chez elles des patients québécois qui n'ont pas le goût de croupir sur une liste d'attente et qui veulent être rassurés au plus vite sur leur état de santé.

À la clinique du Dr Mark Reimer, sur le chemin Old Innes, à Ottawa, on a réduit le prix des examens bien en deçà des recommandations de l'Association médicale de l'Ontario afin de mieux séduire la clientèle québécoise. On y offre des côlonoscopies à partir de 326 $, un montant que le patient québécois peut se faire rembourser à moitié par la Régie de l'assurance-maladie du Québec. Autre argument de vente, on accepte de voir les patients très rapidement.

« Au Québec, des patients se font dire qu'il faut parfois attendre jusqu'à deux ans pour une côlonoscopie. Alors que chez nous, on peut offrir un rendez-vous en moins de deux semaines. Pas étonnant que des Québécois viennent cogner à notre porte », explique le Dr Reimer en entrevue.

Celui-ci dit faire passer entre 10 et 15 examens par semaine à des patients du Québec. Mais il souhaiterait en recevoir beaucoup plus et pas seulement parce qu'il a besoin d'un certain volume pour faire rouler sa clinique. Il trouve inéquitable que les Québécois soient contraints de faire la file alors que les cinq cliniques privées d'Ottawa qui offrent des côlonoscopies (pas juste la sienne) ne demandent qu'à les accueillir. 

« Je trouve injuste que ce soit le code postal ou la province où tu habites qui détermine tes chances de vivre ou de mourir », dit le Dr Reimer, en rappelant qu'un dépistage rapide est vital pour combattre efficacement le cancer colorectal.

« Régulièrement, on reçoit à notre clinique des patients qui ont passé un FIT test positif et qui veulent savoir si cela signifie qu'ils ont le cancer. Dans une même semaine, on a reçu deux Québécois qui avaient tous deux le cancer. Nous avons été en mesure de les référer tout de suite pour une opération (au Québec), avant qu'il ne soit trop tard. »

Maintenant, il semble que les temps d'attente pour subir une côlonoscopie en Outaouais ne soient pas si interminables qu'on le dit. Un patient très à risque d'avoir développé un cancer colorectal passera très vite par-dessus la liste d'attente, assure-t-on au Centre intégré de la santé et des services sociaux de l'Outaouais (CISSSO). « En cas d'urgence, le temps d'attente pour une côlonoscopie varie entre zéro et un mois et demi d'attente », indique sa porte-parole, Geneviève Côté.

Contrairement à l'Ontario, le Québec n'offre pas de programme gouvernemental de dépistage du cancer colorectal. Mais ça s'en vient. Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé sa mise en place en avril 2018. En attendant, bien des patients québécois se rabattent sur ce qu'on appelle des FIT tests pour savoir s'ils ont un cancer du côlon.

L'ennui, avec ce test maison, c'est qu'il n'est pas aussi fiable qu'une côlonoscopie. Il détecte la présence de sang dans l'intestin, mais ne dit pas d'où ça vient. Ça peut venir d'un cancer, mais aussi d'un ulcère, d'une fissure anale, des hémorroïdes... En fait, 96 % des gens qui ont un FIT test positif n'ont pas le cancer du côlon.

Mais 100 % d'entre eux ont peur de l'avoir. Ceux-là ont surtout besoin d'être rassurés. Et ça, des gens comme le Dr Reimer l'ont très bien compris.




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