Il lui a juste offert des fleurs

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C'est dans cet appartement de la rue Symmes dans le secteur Aylmer à Gatineau, que le corps de Angela DiStasio a été découvert. Son conjoint, Alain Gascon, subit présentement son procès pour meurtre prémédité.

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CHRONIQUE / Il y a presque toujours des signes précurseurs d'un drame pareil. Avant qu'un gars comme Alain Gascon décide de massacrer son ex-conjointe à coups de poêlon et de fourchette à barbecue.

Quand il s'est réfugié chez sa fille après avoir tué son ex, Gascon avait tellement de sang sur les avant-bras qu'on ne voyait plus sa peau. « Je pense que j'ai tué ta mère », a-t-il lâché à sa fille médusée, avant de s'allumer une cigarette qu'il a fumée dans l'escalier en attendant l'arrivée des policiers. C'était le dimanche 20 avril 2014, jour de Pâques, à Gatineau. Un peu moins de deux mois plus tôt, le 5 mars, le couple s'était séparé après 25 ans de concubinage.

C'est elle, Angela DiStasio, qui est partie en disant qu'elle ne l'aimait plus. Elle avait dit à sa fille qu'elle voulait refaire sa vie et penser à elle. Elle avait recommencé à se friser les cheveux, à se pomponner, à prendre soin d'elle.

Lui, il a très mal pris la séparation. Au procès de Gascon qui se tient ces jours-ci à Gatineau, sa fille a raconté que son père se sentait incapable de vivre sans Angela. Après la rupture, il a tenté de se suicider. Gascon répétait qu'il voulait que sa mère revienne, qu'il était triste sans elle. À deux ou trois reprises, il a confié à sa fille : « Si je ne peux pas l'avoir, personne ne pourra l'avoir ».

Si ce n'était pas un signe précurseur du drame qui allait se produire, je me demande ce que c'est.

Autre signe troublant : trois jours avant de tuer son ex, Gascon est allé lui porter des fleurs au Wal-Mart où elle travaillait. Des fleurs, avec une photo de leur famille de 5 enfants. Angela était sous le choc que Gascon, qu'elle fuyait, ait osé se présenter sur son lieu de travail. Ce soir-là, elle a confié à sa fille qu'elle avait peur de son ex, qu'elle appellerait la police si ça se reproduisait. Réaction de sa fille : it's not a big deal, mom. Il t'a juste apporté des fleurs.

Pourquoi Angela n'a-t-elle pas alerté la police tout de suite ? Je l'ignore. Mais je risque une explication : peut-être qu'elle a eu peur de ne pas être prise au sérieux. Dans notre société, on croit sur parole la victime d'un cambriolage. Mais on doute d'une femme qui se dit victime de violence conjugale. Peut-être qu'Angela a eu peur de se faire dire par la police : it's not a big deal, madame. Il vous a juste offert des fleurs.

« Pourtant, lorsqu'une femme nous dit qu'elle craint pour sa sécurité ou pour celle de ses enfants, il faut la croire sur parole. Ce n'est pas ce qui se passe actuellement », déplore Simon Lapierre, professeur à l'école de service social de l'Université d'Ottawa.

Notre système de justice, déplore-t-il, est incapable d'appréhender dans toute sa complexité la problématique de la violence conjugale. Tant qu'un acte criminel n'a pas été commis avec preuve à l'appui, la police est impuissante. Alors que la violence conjugale s'accompagne de tactiques de contrôle et de jeux de pouvoir de la part de l'agresseur qui cherche à maintenir son emprise sur sa victime. Même offrir des fleurs peut devenir de la manipulation...

Le Royaume-Uni a adopté une mesure législative, en 2015, pour reconnaître le caractère criminel du « contrôle coercitif ». Elle permet de déposer des accusations même si aucun acte criminel n'a été commis. Il est cependant trop tôt pour en mesurer l'efficacité, dit M. Lapierre. 

En attendant de meilleures lois, il faut plus de formation pour les juges, les avocats et les policiers, poursuit-il, afin de combattre les préjugés présents dans la magistrature et les forces de l'ordre. 

ll y a encore du chemin à faire : aux États-Unis, une étude a démontré que dans les procès pour garde d'enfants, les femmes ont plus chances de gagner si elles taisent le fait qu'elles sont victimes de violence conjugale. En parler au tribunal peut jouer contre elles. « C'est très mal vu de certains juges qui y voient une tentative de la mère de priver le père de la garde de ses enfants », dit Patricia Romito, une chercheuse de l'Université de Trieste de passage à Ottawa mardi.

Pas étonnant que devant des préjugés aussi tenaces, les victimes de violence conjugale tardent parfois à alerter la police.




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