Un mauvais moment à passer

Le maire d'Ottawa, Jim Watson... (Etienne Ranger, Le Droit)

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Le maire d'Ottawa, Jim Watson

Etienne Ranger, Le Droit

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CHRONIQUE / La foule a chahuté Jim Watson au rassemblement des 20 ans de Montfort. Des gens ont sifflé, d'autres ont crié : « Ottawa bilingue ! » Non, le maire d'Ottawa n'était pas content. Surtout que l'avocat Ronald Caza, qui agissait comme maître de cérémonie, venait de le présenter comme le « maire le plus populaire et le plus aimé au Canada »...

Justement, j'étais invité l'autre jour comme panelliste par une association de retraités francophones d'Ottawa. Et j'ai vite constaté qu'ils sont plusieurs, parmi les Francos, à être fâchés contre le maire Watson. Ils lui en veulent d'être contre le bilinguisme officiel. Mais d'un même souffle, ils reconnaissent que c'est un bon maire, qu'il fait du bon boulot... Si bien que lorsque j'ai demandé à une dame mécontente de M. Watson si elle allait voter pour lui aux prochaines élections, elle m'a regardé d'un drôle d'air. Avant de répondre : « C'est quand même un bon maire... »

Bien oui, c'est vrai. Et le maire Watson a très bien compris que ça ne vaut pas la peine de mettre en péril ses appuis au sein de la communauté anglophone pour faire plaisir à des francophones qui vont largement voter pour lui de toute manière. Appelez ça du calcul politique, appelez ça de l'électoralisme. Il n'en reste pas moins que c'est en vivant avec ce genre de compromis que nos politiciens se font élire et réélire.

Je suis Québécois. Je suis né, j'ai grandi, j'ai étudié et j'ai débuté ma carrière dans une province où les francophones sont majoritaires, où des institutions et des lois protègent la langue française, où il est possible de vivre et de travailler en français presque 100 % du temps sans avoir à se battre constamment. Quand je suis arrivé dans la région, à la fin des années 1990, et que Le Droit m'a envoyé couvrir l'Est ontarien, j'ai eu un choc. J'ai découvert qu'en milieu minoritaire, vivre et travailler en français est un combat de tous les instants. Mais je le confesse, encore aujourd'hui, j'ai de la misère à comprendre dans toute leur subtilité certains enjeux liés aux minorités francophones. 

Dans le débat d'Ottawa, ville bilingue, je suis toujours abasourdi d'entendre les députés fédéraux et provinciaux se déclarer presque tous en faveur du bilinguisme officiel d'Ottawa... avant de vite ajouter que la décision finale doit revenir à la Ville d'Ottawa. Le maire Watson étant contre, le débat n'en finit plus de tourner en rond et de s'enrouler sur lui-même comme un serpent qui avale sa queue. Fascinant.

Pour certains, la solution passe par un leadership accru du gouvernement fédéral. C'est plein de bon sens. Ottawa n'est pas Sarnia ou Sudbury, c'est la capitale, le siège du fédéralisme canadien, le centre politique d'un pays qui a fait du bilinguisme un de ses plus puissants symboles identitaires. En toute logique, ce devrait être au gouvernement fédéral de faire pression pour que la capitale d'un pays bilingue devienne bilingue à son tour.

Si Patrimoine Canadien allongeait, je ne sais pas moi, les 15, 20 ou 25 millions, qu'il en coûterait pour financer le bilinguisme officiel à Ottawa, une partie des craintes de la communauté anglophone s'évanouiraient d'un coup. Il reste à expliquer tout ça à Justin Trudeau qui a tendance à confondre le bilinguisme à Ottawa avec le bilinguisme à Gatineau...

Tout ça pour dire une chose : le maire Watson n'a sûrement pas aimé se faire chahuter mercredi soir, au rassemblement de Montfort. Mais est-ce que ça le fera changer d'avis sur la question du bilinguisme ? Ça m'étonnerait. À moins d'une surprise majeure, il en conclura que c'était juste un mauvais moment à passer.




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