Tout seul au volant de son char

CHRONIQUE / Je dois être un peu con. (Etienne Ranger, Archives Le Droit)

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Etienne Ranger, Archives Le Droit

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CHRONIQUE / Je dois être un peu con.

Je suis de ceux qui respectent les voies réservées aux autobus en tout temps.

Après tout, je fais le choix de me déplacer seul au volant de ma voiture. J'en assume les conséquences. Comme un mouton obéissant, je fais la file dans les bouchons du matin en cédant les voies réservées aux autobus, aux taxis et aux covoitureurs.

Et quand j'en vois un, tout seul au volant de son char, qui me dépasse à toute vitesse par la voie réservée, j'enrage. Surtout quand je le vois couper la file plus loin devant. J'enrage parce que ce gars-là, qui se fout des règles, va arriver à destination avant moi qui me fais suer pour les respecter. 

Et quand j'ai fini d'écumer ma rage, je me sens con. Con de ne pas faire comme lui. Ça me serait si facile d'embarquer moi aussi dans la voie réservée, d'échapper un moment aux bouchons, de rouler sans entrave. Surtout qu'il n'y a pas un flic à l'horizon...

Mais je ne le fais jamais. Pas parce que je suis meilleur qu'un autre. Parce que j'en suis incapable. Comme si je préférais rager contre ceux qui ont moins de scrupules que moi en espérant qu'un policier les intercepte plus loin pour leur coller une belle contravention de 246 $.

Et j'ai beau savoir qu'il y a des opérations policières pour faire respecter les voies réservées à Gatineau, il me semble que ça n'arrive jamais les jours où moi je suis sur la route.

Tellement frustrant.

On dirait que c'est pire lors des journées de grève tournante de la STO. Comme si le fait qu'il n'y ait pas d'autobus sur les routes justifiait, pour bien des gens, qu'on puisse empiéter impunément sur les voies réservées.

J'en ai vu plein mardi matin, sur Gréber et sur Fournier, qui roulaient à full pine dans les voies réservées. Tout seul au volant de leur char. Pourquoi s'en priveraient-ils ? Il n'y avait pas un flic à l'horizon.

Ils vont te dire qu'ils sont pressés. Qu'ils travaillent, eux autres. Ben oui, chose. Et moi, et tous les autres qui attendent en file, on va où, tu penses ?

La Ville de Gatineau a décidé de maintenir les voies réservées ouvertes durant les journées de grève tournante, afin d'encourager le covoiturage. C'est bien beau, mais si tu ne mets pas de policiers pour les faire respecter, tu n'encourages pas grand-chose !

Maintenant, pourquoi ne réduit-on pas de trois à deux le nombre de covoitureurs autorisés dans les voies réservées ? C'est déjà le cas sur le pont Champlain. Et c'est plus facile de convaincre un membre de sa famille de covoiturer que de recruter un trio de covoitureurs.

J'ai posé la question à Claude Martine, ingénieur responsable de la circulation à la Ville de Gatineau. Sa réponse est simple : parce qu'à trois passagers par voiture, il y a un point d'équilibre qui fait que ta voie réservée demeure une voie réservée. Alors qu'à deux passagers, le point d'équilibre est rompu : ta voie réservée deviendra aussi congestionnée que les autres et il n'y aura plus aucun avantage à faire du covoiturage.

Et personne ne veut ça durant une grève des transports. S'il fallait que tous les gens qui utilisent habituellement l'autobus décident de prendre leur voiture, on se retrouverait avec 6000 à 7000 véhicules de plus par heure de pointe. De quoi provoquer un infarctus dans le réseau routier de l'Outaouais qui a déjà la santé fragile.

Si cette grève tournante de la STO doit durer, et j'ai bien peur que ce sera le cas, Gatineau devrait mieux expliquer la nécessité de maintenir ouvertes les voies réservées même quand les autobus ne circulent pas dessus. Une fois que la population aura saisi le message, il sera temps de sortir le carnet de contraventions pour s'assurer de le faire comprendre aussi aux plus récalcitrants.




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