Fuir ses responsabilités

Je ne sais pas si c'est la photo du tricycle avec sa roue arrière un peu... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Patrick Woodbury, Le Droit

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Je ne sais pas si c'est la photo du tricycle avec sa roue arrière un peu cabossée et les sacs d'épicerie accrochés au guidon qui m'a remué à ce point-là.

Toujours est-il que ça m'a touché cette histoire de délit de fuite mortel survenu sur la promenade des Fées, jeudi soir, à Gatineau.

Pourtant, c'est une histoire banale malgré son côté tragique. Un chauffard happe une cycliste et fout le camp en laissant sa malheureuse victime se vider de son sang sur le bord de la route. On en entend régulièrement des histoires comme celles-là. Trop souvent!

J'entendais les gens réagir, et ça me faisait grincer des dents. Le premier réflexe de plusieurs, c'est de se demander ce qu'une dame de 71 ans foutait sur son tricycle, à 8 h du soir, en plein hiver, sur une route mal éclairée. Pour un peu, ils diraient qu'elle a couru après.

Comme si on partait de chez soi, un bon soir, en se disant: bien oui, ce soir, je vais aller me promener à vélo en espérant qu'un char me fonce dessus et me traîne sous le capot pendant plusieurs mètres.

Ce que cette dame faisait là ne change rien au fond de l'histoire. Au lieu de s'enfuir, le chauffeur aurait dû s'arrêter pour lui porter secours, point à la ligne. Comment peut-on à ce point manquer d'humanité? Comment peut-on à ce point fuir ses responsabilités?

J'ai retrouvé un article du Journal de Montréal relatant que les délits de fuite étaient un fléau en hausse depuis quelques années au Québec. Il s'agirait même d'un phénomène mondial, observable dans d'autres pays industrialisés, notamment la Grande-Bretagne et les États-Unis.

Des assureurs et des experts pointent les jeunes qui commettent en général plus d'infractions sur les routes, une tendance qui s'appliquerait également aux délits de fuite. En Angleterre, des études ont révélé que les jeunes conducteurs quittaient les lieux d'un accident majoritairement parce qu'ils n'étaient pas assurés, avaient consommé de l'alcool ou étaient paniqués.

Peut-être aussi qu'au Québec, avec le régime du no-fault, on a tendance à se déresponsabiliser quand il se produit quelque chose sur la route. Comme si frapper une personne avec son char revenait au même qu'emboutir un bac de recyclage ou arracher un miroir sur une voiture à l'arrêt.

Sur la route, c'est trop souvent le règne du me, myself and I. Combien d'entre nous textons au volant avec insouciance? J'ai un ami cycliste qui a failli se faire tuer sur une petite route de campagne l'été dernier. Il s'est fait emboutir par un chauffard totalement inconscient de ce qui se passait sur la route parce qu'il pitonnait sur son téléphone en conduisant. Mon pote a eu de la chance de s'en tirer avec de grosses ecchymoses. Il en veut encore au chauffard d'avoir sacré son camp alors que lui-même se tordait de douleur sur la chaussée.

Ça me révolte cette déresponsabilisation générale, cet individualisme à outrance. 

Pour t'éviter la prison, tu laisses mourir une personne au bout de son sang sur le bord d'une route, par un beau soir d'hiver. Comment peut-on vivre avec sa conscience après avoir commis une horreur pareille?




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