Arrogance et cafouillis

CHRONIQUE / Quel cafouillage à la Société de transport de l'Outaouais ! (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE / Quel cafouillage à la Société de transport de l'Outaouais !

Vous savez que la STO a convoqué la presse, mercredi, pour rendre publique l'offre globale qu'elle s'apprêtait à déposer pour relancer les négociations avec le syndicat et éviter la grève tournante de jeudi.

Pendant une demi-heure, le président Gilles Carpentier et le négociateur de la STO nous ont vanté les avantages de cette dernière offre globale en présence de la directrice générale. Disons-le, tout ça relevait beaucoup de l'exercice de relations publiques. La STO ne voulait pas avoir l'air de rester les bras croisés alors que ses chauffeurs menaçaient de débrayer le lendemain...

Jusque là, tout est normal.

À la fin du point de presse, les médias posent la question qui tue: est-ce que la STO a mis de l'argent neuf sur la table ? Réponse de la STO: non, l'offre patronale tourne toujours autour de 6 millions, comme avant, alors que les demandes syndicales s'élèveraient à 18 millions.

Bref, tout le monde sort du point de presse en comprenant que la direction de la STO a simplement rebrassé son offre initiale sans y rajouter d'argent neuf. Personne n'est surpris quand le syndicat annonce, un peu plus tard, qu'il rejette l'offre globale pour mettre à exécution sa menace de grève tournante.

Sauf qu'on ne nous avait pas dit toute la vérité !

Le lendemain, jeudi, coup de théâtre. La STO corrige le tir pour dire que son offre globale était en fait de 8 millions, et qu'elle avait donc été bonifiée du... tiers. Du tiers !

Un « détail » qu'on a oublié de révéler au grand public, comme s'il était sans importance, alors que c'était un élément central de la nouvelle proposition de l'employeur !

C'est incroyable.

Parce que c'est un détail qui change tout.

Que le syndicat refuse une offre patronale sous prétexte que c'est la même offre qu'avant, mais présentée autrement, c'est compréhensible. Mais que le syndicat refuse une offre patronale bonifiée de 2 millions, sans même prendre le temps de l'étudier à fond, c'est de la foutue arrogance. Et dans la bataille de l'opinion publique, ça fait toute une différence.

Quant à la STO, qu'elle ait négligé de divulguer un tel détail dépasse l'entendement. Si le reste du conflit de travail a été géré de la même manière, pas étonnant que ça niaise depuis deux ans.

Sur les médias sociaux, il s'en trouvait déjà beaucoup jeudi pour se plaindre de la première journée de grève rotative et accuser les chauffeurs d'autobus de se plaindre le ventre plein.

Et pourtant, on ne peut pas dire que cette première journée sans autobus a fait très mal. Il y a eu quelques retards, quelques gestes disgracieux aussi le long des voies réservées. Mais rien pour écrire à sa mère.

Le fait que c'était semaine de relâche en Ontario a sûrement allégé l'effet des moyens de pression. Lors de la prochaine journée de grève, la semaine prochaine, il risque d'y avoir plus de congestion sur les routes.

À long terme, je ne vois pas comment les chauffeurs d'autobus peuvent espérer remporter la bataille de l'opinion publique. Ils ne font pas exactement pitié avec un salaire de base moyen de plus de 65 000 $ avec comme exigence d'embauche un diplôme d'études secondaires.

S'il fallait que la grève dégénère, ce ne serait pas seulement les travailleurs de la région que les syndiqués prendraient en otage, mais aussi les gens moins nantis financièrement qui se déplacent en autobus par nécessité.

Vu de l'extérieur, le conflit de travail a des allures de guerre de personnalités entre l'homme fort de la STO, Gilles Carpentier, et le président de longue date du syndicat, Félix Gendron. Mais c'est plus que ça. On est devant une organisation qui tente de casser une culture syndicale habituée à en mener large depuis deux décennies.

Espérons que dans les deux camps, on ne perdra pas de vue que la STO appartient d'abord... à la population. Et que celle-ci n'a aucun intérêt à ce que le conflit s'enlise dans une longue procédure d'arbitrage.




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