Un bobo sensible

CHRONIQUE / J'étais à cette journée de réflexion sur la violence sexuelle sur... (Patrick Woodbury, Archives Le Droit)

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Patrick Woodbury, Archives Le Droit

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CHRONIQUE / J'étais à cette journée de réflexion sur la violence sexuelle sur les campus qui se déroulait lundi à l'Université du Québec en Outaouais. Sujet délicat entre tous ! Il y avait là la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, qui songe à imposer une loi-cadre afin de mieux soutenir les jeunes femmes et éviter les débordements sur les campus, notamment lors d'activités d'initiation.

Qu'on se rappelle que l'UQO a été ébranlée par sa propre controverse de nature sexuelle lors de la dernière rentrée. Des étudiants se sont fait promettre des récompenses s'ils relevaient des défis comme photographier une brassière ou embrasser une fille. Non, pas très édifiant ! L'activité a d'ailleurs vite été dénoncée par des étudiants et par le recteur.

Puis autre pavé dans la mare : près de 54 % des répondants de l'UQO à l'enquête ESSIMU (Enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire) ont rapporté avoir vécu des incidents de violence sexuelle dans le cadre des activités d'enseignement ou d'études, beaucoup plus que la moyenne nationale de 38,7 %.

Voilà donc un portrait accablant, tellement accablant qu'on a de la misère à y croire. D'autant que l'UQO n'a reçu que deux plaintes en vertu de sa politique de harcèlement au cours des dernières années. Une plainte pour l'épisode médiatisé des 12 travaux d'Hercule qui a mené à l'expulsion des trois étudiants responsables. Et une autre plainte pour un épisode qui n'a pas été publicisé.

Le recteur de l'UQO, Denis Harrisson, est le premier à admettre que la politique de harcèlement de l'UQO a besoin d'être révisée et qu'elle n'est pas assez connue.

Il reste que l'écart entre la réalité décrite par le sondage et le peu de plaintes reçues n'en demeure pas moins... abyssal. Il y a quelque chose qui ne marche pas. Peut-être que certaines nuances ont échappé aux chercheurs. Mais il faut dire qu'ils ont eu du mal à obtenir la collaboration de certaines directions d'université, sans doute frileuses à l'idée qu'on vienne gratter le bobo toujours sensible de la violence sexuelle à l'intérieur de leurs murs.

Lors de la journée de réflexion, des femmes, surtout, sont intervenues. Normal dans la mesure où elles sont les mieux placées pour prendre la mesure de la violence sexuelle. Elles en sont encore les principales victimes ! Exception notable : Simon Drolet, directeur d'un organisme d'aide pour les enfants victimes d'abus sexuels à Gatineau, n'a pas hésité à prendre la parole. Pour rappeler à la ministre David que les agresseurs ont besoin d'aide, tout comme leurs victimes. Il faut du courage et du doigté pour faire ce genre d'intervention sans avoir l'air d'excuser les gestes d'un agresseur ! M. Drolet a rappelé qu'un agresseur fait de 7 et 9 victimes au Québec. Si on se contente d'en expulser un du campus, il risque d'aller faire des victimes ailleurs, dans un milieu où il y a moins de services... Au-delà de l'exclusion, il faut donc réfléchir au traitement qu'on va leur accorder. Un bon point.




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