Retrouvailles syriennes

Les retrouvailles d'une famille syrienne, jeudi, à l'aéroport... (Etienne Ranger, Le Droit)

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Les retrouvailles d'une famille syrienne, jeudi, à l'aéroport d'Ottawa étaient très émotives. Walid Alkhouri a retrouvé son frère Marwan.

Etienne Ranger, Le Droit

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CHRONIQUE / C'était l'heure des retrouvailles jeudi pour une famille syrienne séparée par la guerre à l'aéroport d'Ottawa.

Arrivé le premier au Canada en 2002, Marwan Alkhouri a entrepris de faire émigrer un par un tous les membres de sa famille vers son pays d'adoption.

Et comme ils ont de grosses familles tissées serrées en Syrie, c'est une entreprise de longue haleine. 

Jeudi, c'était au tour de Walid, le frère de Marwan d'émigrer au Canada avec son épouse et ses cinq enfants, après deux années passées dans un camp de réfugiés au Liban.

Comme leur avion en provenance de Toronto avait du retard, Marwan a eu le temps de me présenter les membres de sa famille déjà arrivés au Canada. 

Ils sont déjà 4 frères et soeurs ici, de même que des neveux et le petit Georges qui courait partout dans le terminal. Un autre de ses frères, Joseph, arrive à Montréal au mois d'avril avec sa famille.

La plupart portent des noms chrétiens parce que la famille de Marwan provient d'un village catholique situé à une cinquantaine de kilomètres de Damas, la capitale syrienne. 

Quand les habitants de son village vont chercher des légumes, ils essuient parfois un tir de roquettes. Là-bas, les catholiques sont associés au régime de Bachar Al-Assad. Ils sont persécutés pour cela, m'a expliqué Marwan. Même qu'un de ses beaux-frères, Bassam, a perdu une jambe dans un attentat à la voiture piégée, alors qu'il essayait de secourir un écolier blessé par l'explosion.

Marwan ne veut pas trop en parler, mais il s'inquiète pour les membres de sa famille restés là-bas. 

Dans son village, il y a eu des kidnappings. Des jeunes ont été enrôlés de force dans les forces du régime. D'ailleurs, c'est précisément pour leur faire éviter le service militaire et l'obligation d'aller à la guerre que Marwan a fait venir au Canada deux de ses neveux.

Sa mère de 75 ans est toujours là-bas. De même que ses trois soeurs, et son frère, un chanteur populaire. « Mon plan, c'est d'organiser leur venue ici pour les sauver de la guerre », poursuit Marwan qui habite et travaille à Gatineau.

« Notre famille s'est vite intégrée au Canada. Vos coutumes, vos fêtes, vos traditions sont les nôtres. On veut être utiles pour ce beau pays qui nous tient à coeur. Notre famille a des projets. On veut acheter  et cultiver des terres et ouvrir un restaurant. On a vu comment les Canadiens se sont mobilisés pour accueillir les Syriens. J'ai pleuré quand Justin Trudeau est allé accueillir personnellement les premiers réfugiés à Toronto. De tous les pays, le Canada a été celui qui s'est montré le plus accueillant pour nous. »

Pour sa première année au Canada, la famille de Walid sera parrainée par la paroisse Sacré-Coeur d'Ottawa... et par un groupe d'Iqaluit, au Nunavut. Eux aussi voulaient s'impliquer dans l'accueil des réfugiés syriens sans pousser la note jusqu'à les accueillir dans le Grand Nord canadien. À la blague, j'ai demandé à Marwan ce qu'il choisirait entre vivre dans un camp au Liban ou dans le Grand nord canadien. « Et bien, disons que la Syrie est un pays du... soleil », a-t-il répondu avec diplomatie.

L'avion de Walid et des siens est arrivé avec 3 heures de retard. Quand ils sont apparus dans l'escalier roulant, tout le monde s'est précipité. Tout le monde s'est étreint en pleurant et en riant tout à la fois, causant même un mini-embouteillage au bas des marches. Walid pleurait à chaudes larmes, tout comme Kristian le petit dernier, sans doute fatigué des 14 heures de vol depuis le Liban. Marwan a organisé une photo de famille devant la fontaine avec les gens de la paroisse.

L'une des filles de Walid baragouinait un peu l'anglais. Comment tu te sens ?, lui ai-je demandé. Heureuse, a-t-elle dit. Avant d'ajouter : merci.

Justement, Marwan avait envie de remercier le Canada tout entier, y compris Étienne (le photographe du Droit) et moi. Il nous a retenus par le bras, le temps qu'un autre membre de la famille revienne avec des pâtisseries syriennes. Il a beaucoup insisté pour qu'on y goûte. Il les avait commandés de Montréal, et ça ressemblait à des baklavas. Si c'était bon ?

Ça goûtait le sucre. Et aussi, le bonheur.




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